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Shoganai

ou comme le temps passe!


Le Japon s'étale sur plusieurs milliers de kilomètres, de la Sibérie à Taiwan, et le climat varie beaucoup. L'information au sujet des plantes que je donne ici est pour le coeur du pays, l'île de Honshu autour et au sud de Tokyo.

Le calendrier traditionnel nippon est lunaire, mais le calendrier grégorien est aujourd'hui celui qui est officiellement utilisé. L'année commence donc le premier janvier, a trois cent soixante cinq jours et des poussières, et supposément quatre saisons.

2009 - Heisei 21 - est l'année du boeuf.

Shoganai est une expression que les japonais aime bien et qui signifit qu'on ne peut rien y faire, que c'est inévitable et qui traduit assez bien le fatalisme nippon, mais aussi et surtout leur conformisme social.




Janvier

L'année commence avec les festivités du nouvel an. C'est une des célébrations les plus importantes de l'année. Habituellement les gens ont congé et même la majorité des commerces est fermée. Il est donc indispensable de s'approvisionner et de savoir qu'à l'occasion des célébrations les prix montent.

Il y a une cuisine traditionnelle pour le nouvel an appelée osechi ryori. On y trouve traditionellement des bento, souvent à plusieurs étages, contenant des fèves noires, des petits poissons sucrés et des algues kombu. Il y a aussi des légumes mijotés et de l'omelette roulée. On ajoute habituellement des aliments rouges, garants de bonheur, de chance et d'opulence, comme les crevettes, les oeufs de saumon ou le rouget. On mange aussi le ozoni, une soupe contenant du mochi, du oshiruko, une espèce de soupe épaisse aux fèves rouges sucrées avec encore du mochi, des oeufs de hareng appelés kazunoko et du kuri kinton, une sucrerie à base de marrons.

Le premier du mois, ou peu après, c'est la visite au sanctuaire en famille. On y fera un voeux en lançant une pièce de monnaie au dieu. On vérifiera sa chance pour l'année qui commence avec un omikuji. On achètera des talismans et il est de tradition de rapporter ceux achetés l'année précédente pour qu'ils soient brûlés. On boira peut-être un petit verre de sake ou de amazake bien chauds.

C'est aussi le temps où les cartes de voeux pour la nouvelle année, qu'on a écrites il y a quelques jours, commencent à arriver. On offrira aux enfants un otoshidama, un peu d'argent dans une petite enveloppe rouge. Il est aussi fréquent d'aller faire voler un cerf-volant avec les petits ou de jouer au hanetsuki, une sorte de badminton.

Au cours des premières semaines de l'année il y aura des soirées bien arrosées, avec les amis, les collègues ou les clients, appelées shinnenkai.

Le 7, il est de tradition de manger du nanakusa gayu, un riz cuit avec beaucoup d'eau et sept herbes ceuillies dans la montagne. Cela vous renforcera le système mis à mal par le froid de l'hiver. Puis le 15 c'est le temps de brûler les décorations traditionnelles du nouvel an, faites de paille, de pin, de bambou et de fougères séchées, avec des papiers colorés et des ficelles métalliques.

Le second lundi du mois on tient des cérémonies pour ceux et celles qui ont célébrés leur vingtième anniversaire dans les douze derniers mois et qui sont dorénavant majeurs.

Pendant deux mois, on pourra aller voir les pivoines (botan), au dessus desquelles on construit un petit toit de paille, pour les protéger de la neige.

Symboles de l'hiver, les sho-chiku-bai, le pin, le bambou et le prunier, sont trois plantes qui résistent au froid. Ils représentent aussi le bonheur et sont apparaissent lors d'événements heureux, comme les mariages, aux côtés de la grue et de la tortue, réputés pour leur longévité.


Osechi ryori



Février

Le 3, Setsubun est l'occasion de lancer des fèves dans tous les coins de la maison en criant "onni wa soto, fuku wa uchi!", c'est-à-dire "démons dehors, chance à l'intérieur". Après il faut faire le ménage. On mangera ensuite sans doute des futomaki en faisant un voeu et en regardant dans la direction d'où vient la chance (qui change à chaque année, en fonction du signe astrologique annuel).

Le lendemain c'est risshun, l'arrivée officielle du printemps dans le calendrier lunaire.

Le 14 on fête la Saint-Valentin, mais la tradition veut que ce soient les femmes qui offrent du chocolat à tous les hommes qu'elles connaissent ou à peu près. Ce n'est souvent qu'un giri choco, un "chocolat-devoir".

C'est aussi durant cette période que le nouvel an chinois tombe. Comme il est défini en fonction de la lune, comme Pâques, sa date change à tous les ans. On verra parfois, dans les commerces et les résidences, des figurines représentant l'animal de l'astrologie chinoise qui préside à l'année en cour.

Mars

L'hiver tire à sa fin. Le premier arbre à fleurir est le robai, le prunier jaune, appelé comme ça pour la couleur de ses fleurs. Puis c'est le temps des pruniers en fleurs. Les jonquilles éclosent et les aloès fleurissent. Tout de suite après on verra fleurir les camélias (tsubaki), les magnolias et les mimosas. Les prés sont pleins de petites fleurs jaunes, appelées nanohana, et les tulipes, les pensées et les pavots sont aussi de la fête.

Mais c'est malheureusement aussi le temps des allergies. À la fin de la seconde guerre mondiale des millions de sugi (cyprès) ont été plantés pour la reconstruction du pays. Comme ils n'ont pas été utilisés, ils couvrent toujours les montagnes et pollénisent. Un quart des japonais y serait allergique. Beaucoup portent un masque. Avec les autres allergènes, on en a pour deux mois.

Le 3 est hina matsuri, la journée des petites filles. Quelques semaines à l'avance on sort un assortiment de poupées représentant la vieille cour impériale qu'on installe sur un présentoir en forme d'escalier. Le jour de la célébration les fillettes mangeront des palourdes, symboles d'un heureux mariage, les deux parties de la coquille s'épousant parfaitement, et boiront du shirozake, un breuvage légèrement alcoolisé.

Vous vous souvenez de la Saint-Valentin? Le 14 mars est White Day et les hommes offrent en ce jour du chocolat ou des biscuits à celles qui leur ont offert quelque chose.

Autour du 21 c'est l'équinoxe de printemps, appelée shunbun no hi, et c'est congé. C'est aussi autour de cette date que se tient la première partie de higan, une période de cérémonies à la mémoire des disparus.

Avril

Le premier avril est traditionellement le début de l'année d'affaire et beaucoup de gens commencent un nouvel emploi ou on fait le ménage des bureaux ce jour là.

Le beau temps est arrivé, mais laisse encore parfois la place à des vagues de froid. On appelle cette période san kan shi on, c'est-à-dire "trois jours froids et quatre chauds".

Les cerisiers sont en fleurs et les japonais vont au hanami, les fameux pique-niques sous les arbres fleuris. Ils y font beaucoup de bruit, brisant la mélancolie des pétales qui tombent doucement dans leurs assiettes. Après les cerisiers suivent les azalées (tsutsuji), les glycines (fuji), les cornouillers (hanamizuki) et les hamamelis (mansaku).

Mai

Fin avril, début mai, c'est Golden Week et le Japon est en vacances, mais la semaine n'a parfois que deux ou trois jours... Peu importe, c'est le printemps et on va se reposer.

Le 5 du mois, c'est la fête des enfants. Autrefois c'était celle des garçons. Les familles qui ont un fils déploient des koinobori, de grandes carpes en tissus, à l'extérieur, symbole de force et d'énergie. Il y a aussi souvent un casque de samurai et une épée exposée à l'intérieur.

Les iris (kakitsubata) éclosent et la Fête des Mères est célébrée.

Juin

C'est tsuyu, la saison des pluies. Il pleut presque tous les jours, rien ne sèche et la moisissure s'installe.

C'est aussi le temps des hydrangées (ajisai), qu'on dit être plus belles sous la pluie... mais elles ne sont pas seules. Dans les jardins tout est en fleur et on trouve les hibiscus, les bouginvilliers, les glaïeuls... Il y a aussi de jolies petites orchidées mauves appelées shiran. La verdure est luxuriante et les moustiques apparaissent.

On célèbre la Fête des Pères. Les japonais qui portent un uniforme le changent pour celui d'été. À la fin du mois ou au début du mois suivant, les japonais qui en ont reçoivent le premier de leurs deux bonus annuels.

Juillet

Les grandes chaleurs humides, qui déjà en juin avaient commencées, sont maintenant l'affaire de tous les jours ou presque. On en a pour six semaines, au moins. Gambatte ne. Et les cigales chantent.

Le 7 c'est tanabata, le festival des étoiles où Vega et Altair, placées de part et d'autre de la Voie Lactée, peuvent se rencontrer. C'est une sorte de fête des amoureux. On décore des bambous avec des banderolles de papier, des rubans et des brillants.

C'est aussi le temps des feux d'artifice, jusqu'à la fin août, et on mange dans les yatai des yakisoba et des bata jaga, revêtu parfois d'un yukata ou d'un jimbe. Les marchands de kakigori, de la glace râpée avec un sirop, font recette.

Vers la fin du mois commencent les vacances scolaires. Elles dureront jusqu'à la fin août. Les enfants armés d'un filet et d'une petite boîte, vont à la chasse aux cigales et aux scarabés. Autres insectes estivaux : les libellules, les mouches à feux (mais elles sont devenues tellement rares!)... et les moustiques.

Le 28 est doyo ushi no hi, le jour du boeuf, la journée réputée la plus chaude de l'année. Ce jour là, pour combattre le natsu bate, l'épuisement estival, on mangera de l'anguille grillée, servie sur du riz.

Et puis traditionellement, on envoie une carte à ses connaissances, un peu comme pour le nouvel an, et la première moitié du mois est aussi le temps du premier de deux cadeaux que l'on donne à ceux, patron, professeurs ou amis, envers lesquels on a de la reconnaissance. On appelle ça ochugen.

Août

Le 8 est le début officiel de l'automne dans le calendrier lunaire. On l'appelle risshu.

Du 13 au 15, c'est o-bon. Officiellement, un peu comme à la Toussaint, on vénère nos morts. Ils vont venir de l'Au-delà et visiter leurs descendants. On doit les honorer, car leur protection est essentielle! Une grande partie des tokyoïtes sont des immigrants et retournent dans leurs inaka, leur région d'origine, et visitent leurs parents, vivants ou morts. Mais en réalité certains en profitent pour se reposer et même pour voyager.

C'est le temps des gloires du matin (asagao), la fleur estivale par excellence. On voit aussi des cannas, des lys, des tournesols, des abutilons, des hibiscus (mutabilis ou versicolor), les fuyoo, des laurier-rose (kyochikuto) et un petit arbre à fleurs blanches ou roses que les japonais appellent "Salisbury".

Autour du 23 c'est shosho, la fin (officielle) des grandes chaleurs. Il fera peut-être un peu plus frais le matin. C'est aussi le temps où les typhons arrivent en masse. Il devrait y en avoir jusqu'à la mi-septembre. Tenez bien vos parapluies!

Septembre

L'été, avec sa saison des pluies, puis sa chaleur humide et ses typhons, va bientôt laisser place à l'automne. C'est sans doute la meilleure période pour voyager au Japon, de la mi-septembre jusqu'à la mi-novembre.

C'est le temps des hagi, des mukuge, des tamasudare et des murasaki shikibu un arbuste aux longues branches chargées de petits fruits mauves.

Le 23 est la célébration de l'équinoxe d'automne, qu'on appelle shubun no hi, qui est férié et c'est aussi la seconde partie de higan, les cérémonies en l'honneur des décédés.

Lors de la pleine lune, autour du 25, c'est tsukimi, la fête où l'on regarde la lune. C'est une sorte d'Action-de-Grâce où on prie la nature pour une bonne récolte, mais la majorité des japonais n'ont plus vraiment le temps, ni l'intérêt pour ça et cet événement se limite le plus souvent à la cérémonie du thé.

Octobre

C'est le temps de passer aux uniformes d'hiver. Qu'il fasse froid ou non n'a rien à voir dans la chose.

On croise des bataillons de libellules, les criquets chantent et les grosses araignées jaunes et noires tendent leurs toiles sur plusieurs mètres. C'est le temps des cosmos et des cyclamens.

Autres symboles de l'automne, les herbes de la pampas (tsutsuki ou ogena), les lièvres et la lune.

Novembre

Il commence à faire plus froid. Les feuilles d'érables rougissent, du nord au sud, comme une vague, c'est koyo et le télé-journal en décrit quotidiennement la progression.

Le 15 est shichi-go-san où les garçons de 3 et 5 ans et les filles de 3 et 7 ans revêtent leurs plus beaux vêtements et vont au sanctuaire pour obtenir la protection des dieux.

Décembre

D'abord, habituellement au début du mois, vient le bonus d'hiver. Puis, dans les deux semaines avant Noël, arrive oseibo, le second cadeau que l'on fait à ceux qui nous ont aidé.

Dans les jardins on ne voit plus beaucoup de fleurs, mais le senryo (parfois appelé manryo), un arbuste à petits fruits rouges, met de la couleur quand même.

L'année achève... dans les deux dernières semaines de l'année, il est temps de nettoyer la maison car la prochaine année doit bien commencer et la maison être propre et en ordre. C'est aussi le temps des célébrations de fin d'année (bonenkai), avec les amis, les collègues et les clients.

On célébre l'anniversaire de l'Empereur, le 23, et c'est congé.

Tout de suite après vient Noël. La majorité des japonais n'étant pas chrétiens - ils ne sont en fait même pas religieux - Noël est une fête commerciale, qui n'est pas chômée et de laquelle on a retenu l'arbre et les cadeaux. Le gâteau traditionnel est couvert de crème et de fraises. Et puis c'est le temps de faire plaisir à votre petite amie - un restaurant dispendieux en tête à tête - car Noël est aussi un peu une fête des amoureux.

La dernière semaine de décembre on va peut-être se rencontrer et faire le mochi que l'on mangera pour le nouvel an. On doit piller le riz à grands coups de maillet dans un mortier. Ensuite on en fera un okazari, deux étages de mochi surmontés d'un daidai, une sorte d'orange, offert au dieux en l'honneur de la nouvelle année. Mais c'est tellement plus simple de l'acheter à l'épicerie!

Au dernier repas de l'année, on mangera des toshikoshi soba, des nouilles de froment, dont la longueur symbolise la longue vie que nous nous souhaitons tous. Et au temple voisin la cloche sonnera les cent huit coups qui chasseront autant de maux que le bouddhisme dit menacer l'être humain. Cent six... cent sept... cent huit... akemashite omodeto gozaimasu!




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