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Mendokusai

ou la chasse au tatami


La mesure traditionnelle pour la surface des pièces est le tatami, l'espèce de tapis ou coussin en paille tressée dont les planchers sont parfois couverts, qui mesure environ 180 par 90 centimètres.

Vous faites parti de ce que je me plais à appeler l'aristocratie des étrangers au Japon? Vous vivez donc dans un appartement de fonction, pour lequel vous payez un loyer dérisoire et quelqu'un au bureau ou à l'ambassade s'occupe de tous les petits desagréments qui pourraient autrement ruiner votre vie? Pour les autres voici quelques notes tirées de mon expérience, péniblement acquise...

Mendokusai signifit "embêtant" ou "ennuyant", comme une corvée, ou devoir aller travailler le dimanche parce que son chef en a décidé ainsi.




Il y a essentiellement deux grandes catégories d'appartements au Japon. Il y a d'abord les appartements pour tout le monde, que nous appellerons ici "japonais", et les "gaijin house", qui sont pour les étrangers. Pourquoi deux systèmes? C'est que la location d'appartements au Japon comporte bien des difficultées et un marché parallèle, destiné aux étrangers, s'est développé.

Le merveilleux monde des appartements japonais

Pour trouver un appartement, en supposant que l'on parle et lit le japonais, on peut commencer par regarder le site de Chintai, où des agences de location (fudosanya) présentent leurs appartements. Sinon on devra se rendre directement à l'agence, parce que la très grande majorité des appartements est louée par elles. Les journeaux ont parfois quelques petites choses, le Japan Times et Metropolis notamment, mais c'est la pointe de l'iceberg.

Ici le problème est de trouver une agence qui acceptera de traiter avec un étranger. Les agents ne parlent pas toujours l'anglais, et ils savent pertinemment que plusieurs propriétaires (la moitié selon mon expérience) refusent d'office tous les étrangers. Pourquoi? Parce qu'eux non plus ne parlent pas l'anglais, et que les étrangers causent plus de problèmes que les japonais, depuis les dommages causés à l'appartement ou leur agressivité naturelle (réelle ou supposée), jusqu'au bruit qu'ils feront sûrement et aux ordures qu'ils ne trient pas correctement.

Le loyer que vous aurez à payer variera en fonction de l'endroit où vous habiterez. Les grandes villes, comme Tokyo ou Osaka, sont plus chères que les petites. Des villes comme Kamakura ou d'autres en bord de mer étant très en demande, les appartements y sont plus dispendieux que plus loin à l'intérieur des terres. On dit généralement que chaque dix minutes de train que vous aurez à faire pour vous rendre à la ligne Yamanote, qui encercle le centre de Tokyo, vous épargnerez 10 000 ¥, mais la même chose s'applique partout: plus près de la gare veut dire plus cher, alors que si vous devez marcher ou prendre l'autobus, vous paierez moins, mais vos coûts de transport peuvent alors augmenter significativement.

Bien sûr la taille de l'appartement que vous considérez influence grandement son prix. Il est difficile de donner une échelle précise, mais un appartement avec une chambre (6 tatami ou 12 à 16 mètres carrés), avec cuisinette et salle de bain privée, devrait vous coûter entre 50 et 70 000 ¥, alors que deux pièces (typiquement 6 et 4.5 tatami), toujours avec cuisinette et salle de bain privée, coûtera de 50 à 120 000 ¥, dépendant de la localisation, de l'âge de l'immeuble, de l'ensoleillement...

Les appartements sont décrits avec des codes comme 1LDK. Ce code signifit 1 chambre + Living (salon), Dining (salle à manger) et Kitchen (cuisine), mais la salle à manger et la cuisine ne forment généralement qu'une pièce où il est possible de mettre une table et quelques chaises. Il y a aussi sur la fiche un plan et une liste des équipements offerts avec l'appartement.

Vous avez trouvé un agent, regardé des dizaines de fiches et un propriétaire accepte de vous rencontrer avant de prendre une décision? Il y a quelques petites choses qui vous restent à savoir pour bien comprendre dans quelle galère vous vous embarquez.

Les frais à la signature du bail

Avec le premier mois de loyer (appelé yachin, , ou chinryo, ), on doit payer un dépôt (shikikin, ), souvent non remboursé, une prime (reikin, ), définitivement non remboursable et habituellement une commission à l'agence de location, appelée chukairyo. Ces frais se comptent en mois de loyer. Habituellement la prime (un cadeau que le propriétaire exige) devrait être d'un mois. Un appartement difficile à louer n'en aura peut-être pas, un appartement plus intéressant que la moyenne en aura deux. C'est un peu la même chose pour le dépôt, sauf que c'est normalement deux mois. Considérez que vous perdrez au moins le premier, pour payer Dieu sait quoi, toutes les raisons sont bonnes. L'agent devrait vous prendre un mois supplémentaire, et y ajouter 5% de taxe.

Puis il y a la prime d'assurance, hooken, qui est autour de 15 à 25,000 ¥ pour deux ans, ce qui est la longueur normale d'un bail au Japon. Si vous être chanceux et que votre loyer n'est "que" de 50 000 ¥, vous aurez sans doute à débourser de quatre à six fois ce montant pour avoir le droit de vous installer. Et il est de coutume de demander un endosseur - parfois deux - qui se portera garant de tout. Cette personne devra être japonaise et solvable, quelqu'un de respectable, avec un emploi régulier et des finances solides.

Les frais mensuels

Outre bien évidemment le loyer, il y a des frais, comme ceux de maintenance (kokyo), pour payer la personne qui entretiendra les aires communes (de rien à 3000 yen, et assez fréquents), et ceux pour l'utilisation des installations (électricité, gaz, eau; de rien à 3000 yen, mais plus rares). À cela on doit ajouter l'électricité, le gaz, l'eau (dépendant de vos habitudes et d'où vous demeurez, prévoyez 3000 yen chacun), et éventuellement le téléphone, la télé par câble et la connection Internet. Et puis si vous devez avoir un stationnement, prévoyez de 5 à 15,000 ¥ par mois.

Et finalement il reste à se meubler. Généralement un mini réfrigérateur et un seul feu de cuisson sont fournis dans les appartements d'une seule pièce. Normalement vous aurez à acheter vos meubles, des rideaux, de la vaisselle et des électro-ménagers. En fait vous aurez parfois à acheter jusqu'aux plafonniers, car certains appartements vous sont loués dans un état de nudité frôlant l'indécence.

Le bail que vous aurez à signer sera rédigé en japonais. Si au bout du bail vous désirez renouveller, il y a une autre prime à payer le premier mois. Si vous avez des tatami, en quittant vous aurez sans doute à payer pour les remplacer (environ 5000 yen chacun). Il est parfois interdit de partager votre appartement avec quelqu'un qui n'a pas été déclaré à la signature du bail. La bonne chose est que vous pouvez annuler le bail avec un mois de préavis.

Enfin le Japon étant ce qu'il est, toutes les informations qui précèdent peuvent s'appliquer ou non. Il y a des appartements sans endosseurs, certains viennent semi-meublés, avec le réfrigérateur, l'air climatisé, voir la télé par câble, alors que d'autres n'ont pas même de toilette et de douche... Lisez bien la fiche que vous verrez à l'agence. Aussi certaines agences vous montrent les fiches et ne se préoccupent des formalités que si vous appliquez pour un appartement, alors que d'autres demanderont un dossier complet, avec endosseur et informations bancaires avant même de vous montrer quoi que ce soit.

Il n'en est pas question! Quelle est l'alternative?

Les "gaijin houses" ou "guest houses" ont des règles différentes. Il n'y pas de prime, de frais d'agent ou d'endosseur, mais il y a souvent un dépot "partiellement remboursable" (j'ai vu 30 000 ¥ dont 20 000 ¥ remboursables), c'est-à-dire qu'une partie est automatiquement retenue pour payer le nettoyage de votre chambre après votre départ et, si tout est en ordre, vous devriez recevoir la différence, mais c'est à la discrétion du locateur.

C'est évidemment la solution que plusieurs choisissent, mais lisez bien votre contrat. Il est parfois interdit d'avoir d'invités. Si vous avez une ou un petit ami... Vous pouvez habituellement partir quand vous voulez, mais un préavis d'un mois devrait être exigé. Finalement c'est souvent petit, très mal isolé et insonorisé. En fait les standards japonais, en général, ne sont pas hauts dans ce domaine, mais les gaijin houses sont habituellement au bas de l'échelle.

Le loyer, qui inclut cependant à peu près tous les frais, est plus élevé que celui des appartements "japonais", je dirais de 50% en moyenne. Pour une chambre meublée avec cuisinette à Tokyo, mais salle de bain et toilettes partagées, prévoyez un loyer mensuel minimum de 80 000 ¥, et de 100 à 120 000 ¥ pour un appartement d'une pièce avec salle de bain et toilettes privées.

Enfin ces appartements ne se trouvent que dans les grandes villes, et ils sont souvent un peu en périphérie.

Sinon il y a les appartements avec service, qui sont généralement plus grands et luxueux et ont des services comparables aux hôtels. Ils s'adressent essentiellement aux hommes d'affaires qui demeureront au Japon plusieurs semaines ou qui y passent régulièrement. Ils sont chers, dans les 200 à 300 000 ¥ par mois, et plus si particulièrement spacieux, luxueux, prestigieux et bien situés. Passons...


Quelques questions à se poser

  • Ai-je les ressources monétaires et linguistiques pour trouver un appartement japonais? Ai-je un endosseur? Sinon vous être condamné aux "gaijin houses".
  • Combien de temps vais-je demeurer dans mon appartement? Les gaijin houses, qui ont moins de frais à la signature du bail, mais un loyer plus élevé, sont plus appropriés à un séjour court ou moyen.
  • Où devrais-je vivre, près du centre où c'est plus cher et plus bruyant, mais tellement plus pratique, ou plus loin, où les loyers sont généralement moins chers, mais les frais et le temps de transport sont alors à considérer?
  • Y-a-t'il dans le quartier les commerces dont j'ai besoin?
  • Si je dois prendre un autobus et travailler tard, à quelle heure est le dernier?
  • Est-ce que la cuisine me convient? Est-ce que les électro-ménagers sont de taille correcte? Y-a-t'il un extracteur pour la cuisinière? Est-ce que j'ai besoin d'un four?
  • Est-ce que les installations sanitaires sont d'un type que je connais, ou du moins auquel je peux m'adapter? Vous savez les toilettes turques et les chauffe-eaux qui ont connus le bombardement de Tokyo...
  • Est-ce que l'appartement a un air climatisé? Sinon devrais-je en acheter un et le faire installer? Si je n'ai pas d'air climatisé, comment vais-je chauffer cet appartement? Les airs climatisés au Japon sont le plus souvent de type "pompe à chaleur" et produisent le chaud comme le froid. Ils sont dispendieux à acheter et à utiliser, mais les étés nippons sont très chauds...
  • Est-ce que je peux installer une lessiveuse, ou devrais-je aller à la buanderie automatique, qui est plutôt dispendieuse? Y en a-t'il une dans le coin?
  • Ai-je besoin de la télé par câble (ou satellite) et de l'Internet? Est-ce fourni avec l'appartement? Sinon est-ce disponible dans le quartier, et à quel prix?
  • Y-a-t'il des moustiquaires aux fenêtres? La saison des moustiques au Japon peut être très longue.
  • Y-a-t'il assez d'espace de rangement, un endroit où faire sécher le linge et assez de lumière? Est-ce tranquille? La vie dans une boîte à chaussure peut être assez pénible sans en rajouter.
  • Est-ce que je veux des tatami? Ils sont plus typiques, mais aussi plus fragiles et dispendieux. Ils ne se prêtent pas aux meubles lourds et on devra probablement vivre à la japonaise, avec un futon et assis sur le sol.



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