Les arts appliqués, l'artisanat, les métiers d'art (appelez-les comme vous voulez) sont au Japon riches, tant en tradition, qu'en diversité ou en vitalité. Depuis la laque jusqu'aux textiles, en passant par le papier et le travail du bambou, ils émaillent encore aujourd'hui la vie quotidienne et trônent aussi souvent dans les musées. Mais c'est sans doute la céramique qui est le plus en demande de ces artisanats, étant le support de la cérémonie du thé, de l'arrangement floral, et essentielle à la cuisine japonaise. |
"D'abord Raku, ensuite Hagi, finalement Karatsu" est un adage de la cérémonie du thé indiquant la priorité à donner aux différents styles de bols que l'on devrait utiliser. |
Domo arigato gozaimasu est la forme le plus formelle et profonde de remerciement. Domo arigato, un peu moins formel, est aussi poli. |
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Comme dans le reste du monde, la céramique au Japon est ancienne. Elle commence à l'époque préhistorique Jomon, qui va de À l'époque suivante, l'époque Kofun fameuse pour ses tumuli, on trouve les haniwa, des figurines de terracotta représentant des gens et des objets, notamment des maisons, que l'on trouve dans les tombes. Ces objets sont proches d'un style local de potterie rouge, poreuse et non-vernissée, appelée Haji. En parallèle, on produit une faïence grise bleutée appelée Sue (ou Sueki), qui est aussi faite dans le sud de la Corée sous le nom Kaya. Ces deux styles existeront jusqu'à la période Heian. À la période Nara (710-794), les japonais produisaient de la céramique tricolore comme en Chine. À l'époque Heian (794-1185) ils produisaient du céladon (seiji)... comme en Chine. Ce n'est qu'à la fin de cette période, après que les liens avec la Chine furent rompus, que les styles locaux de céramique se développeront. Les fours de Sanage produisirent une céramique non-vernissée. Ceux de Seto (céramique vernissée), Tokoname et Atsumi (les deux produisant une céramique non-vernissée) suivirent rapidement. De Tokoname, la technique passa à Shiragaki et Bizen que nous verrons plus loin. À l'époque Muromachi (1392-1573) il y eu un renouveau chinois qui verra le développement de la porcelaine. À la fin de la période plusieurs potiers coréens immigrèrent (souvent de force) au Japon quand celui-ci envahit leur pays. À l'époque Edo, la Chine des Ming influença encore les arts et la poterie japonaise. Et ce n'est qu'à cette époque que la production de la céramique passa d'une activité saisonnière à une industrie sur une échelle commerciale importante. On peut d'abord diviser la production céramique japonaise en trois grandes familles : la porcelaine (appelée jiki), la faïence vernissée, et la faïence non-vernissée. La porcelaine, invention chinoise, est la plus légère des céramiques. Elle utilise une argile très fine et est cuite à haute température, causant la fusion de la pâte avec la glacure et donnant une pièce translucide et sonore quand on la frappe. De son côté la faïence est plus lourde, plus épaisse et la glaçure (s'il y en a une) recouvre la pièce. La faïence non vernissée japonaise, utilise un type de four grimpant à flanc de colline et les cendres du bois utilisé pour chauffer le four, tombent sur les pièces au hasard et, cuisant avec la glaise, forment des décorations de forme et de couleur variées. La porcelaine Il y a deux centres importants de porcelaine japonaise. D'abord Arita, dans la préfecture de Saga sur l'île de Kyushu, a bénificié de sa proximité avec la Corée pour développer à partir de 1590 une industrie de porcelaine fameuse, qui fut abondamment exportée en Europe à partir du port de Imari. Elle est connue sous les deux noms de arita yaki et imari yaki. Les pièces les plus connues sont blanches avec des motifs bleus - comme en Chine - un style appelé sometsuke. Il en existe aussi d'autres multicolores, utilisant des émaux et même des métaux précieux, un style appelé aka-e ou iro-e. Nabeshima est dans la même région que Arita, mais était la propriété du clan local. Son activité débuta en 1675. Les pièces étaient de grande qualité, très sophistiquées. Elles étaient produites exclusivement pour le shogun, les daimyo et d'autres dignitaires, sans tenir compte des coûts, les pièces n'ayant pas le niveau désiré étant détruites, et les techniques de production gardées secrètes. Encore dans la même région, au milieu du dix-septième siècle, la famille Kakiemon, qui est encore active aujourd'hui, adopta, développa et japonisa le aka-e, une technique venue de Chine, avec le support de marchands locaux. Ils copiront des motifs chinois, s'inspireront des écoles japonaises de peinture Kano, Tosa et Shijo, créant des illustrations comparables à celles utlisées pour le maki-e (la laque avec motifs d'or) et les textiles, et auront aussi des motifs abstraits. Le plus souvent les pièces sont multicolores, mais la famille pratiquera aussi le sometsuke. Le style Kakiemon est surtout caractérisé, si on le compare à l'aka-e de Imari, par l'intensité des couleurs (le rouge notamment), ainsi que par le soucis des détails et de la qualité, tant pour le travail de la glaise que pour sa décoration. Toujours dans la même région, il y a aussi la céramique de Hirado. C'est une porcelaine blanche et bleue, très élégante, remontant jusque vers 1650, qui était aussi faite à l'origine exclusivement pour la famille régnante locale, et qui sera éventuellement mise en marché. L'autre centre important de production de porcelaine au Japon est Kutani dans la préfecture de Ishikawa, dont la ville de Kanazawa est le centre. Elle a aussi ses racines en Corée, mais est caractérisée par ses motifs polychromes, qui utilisent traditionnellement le rouge, le vert, le jaune, le pourpre et le bleu de Prusse. Il existe aussi un aka kutani qui est rouge, avec parfois des motifs or. Elle débuta vers le milieu du dix-septième siècle, sous le nom de ko kutani, c'est-à-dire "vieux Kutani", nom qui lui est donné pour la différencier du saiko kutani ("nouveau Kutani") qui débuta vers 1804, après un abandon des fours qui dura un siècle environ. Mais la porcelaine est aussi fabriquée à Kyoto et Tobe. Toute la production de céramique de Kyoto est connue sous le nom de kyo yaki, mais elle est variée, incluant des faïences comme le raku yaki. La porcelaine la plus fameuse se nomme kiyomizu yaki. Elle est sophistiquée et colorée, utilisant des émaux. Plusieurs des plus fameux céramistes du pays viennent de Kyoto. De son côté Tobe (Ehime) offre des céramiques plus sobres, souvent blanches-beiges avec des motifs bleus, mais elle est aussi parfois colorée, et tend vers un style plus contemporain depuis la fin de la seconde guerre mondiale, époque à laquelle elle devint populaire auprès des collectionneurs américains. À Kagoshima, où on a encore bénéficié de la proximité de la Corée, on fait le satsuma yaki, qui regroupe en fait une grande variété de produits, dont une porcelaine beige-jaune aux motifs multicolores spectaculaires, qui fut largement exportée en Europe. Son succès provoquera la manufacture de pièces de satsuma yaki à Kyoto, Yokohama et Tokyo. On trouve aussi le izushi yaki (Hyogo), fondé en 1784 par des potiers de Arita. Si certaines pièces peuvent être colorées, la pièce caractéristique a des motifs gravés ou percés sur de la porcelaine blanche translucide. La porcelaine himetani yaki était faite au dix-septième siècle à Fukuyama (Hiroshima). Elle rappelle beaucoup le aka-e de imari yaki, des motifs multicolores sur fond blanc. À son époque, elle était considérée comme une des trois grandes porcelaines japonaises, avec le imari yaki et le kutani yaki. Elle est aujourd'hui passablement rare et chère. Et pour les antiquaires, une porcelaine fameuse et de haute qualité a été faite à la fin du dix-neuvième siècle à Hikone (Shiga), appelée koto yaki. La faïence vernissée Mino est un centre de production de céramique depuis au moins l'an 905. Situé dans la préfecture de Gifu, au centre du pays, entre le Kansai et le Kanto, là où le bois abonde, plusieurs styles y ont fleuris, certains ayant parfois plusieurs sous-genres. Parmis les plus populaires on compte Shino, Seto, Oribe et Ofuke. La pièce Shino typique a une glaise brun-rouge qui paraît dans la glaçure blanche. Parfois des dessins très simples, quasi-abstraits ont été faits. La glacure peut être d'un rose très doux, comme les cerisers en fleurs. Dans les deux cas la pièce prend le nom de aka shino. Mais il existe aussi une glaçure grise (nezumi shino) et aussi semble-t'il des pièces laissées sans vernis. Seto vient en deux grands styles principaux, le ki seto et le setoguro. Le premier est jaune (ki), d'un jaune crémeux, un peu comme de la moutarde, et des dessins sont gravés dans la pâte, relevés ensuite d'accents verts. Le second, dont le nom signifit noir (kuro), utilise une glacure à base de fer, et les pièces sont retirées du four encore brûlantes, ce qui les fait noircir au contact de l'air. Le style Oribe le plus fameux est ao oribe (ao signifit vert), des dépôt de cendres auxquelles on a ajouté du cuivre tombant sur les pièces au hasard et couvrant des dessins abstraits ou semi-abstraits inspirés alors de la nature, mais il existe aussi un aka oribe de couleur saumon (aka en fait signifit rouge) et un Oribe noir fameux. Le nom Oribe vient de Furuta Oribe (1544-1615), samurai et maître de la cérémonie du thé, élève de Sen no Rikkyu et professeur de Kon'ami Koetsu, qui instaura le style. Comme son maître, il dut se suicider au début de l'ère Edo. Ofuke est le plus récent four de la famille Mino, remontant au dix-septième siècle et il est près de Nagoya. La pièce typique a un verni vert jaunâtre. Beaucoup de choses dans ce style sont faites pour la cérémonie du thé. De son côté, Raku, comme on l'a vu, est originaire de Kyoto et est inclus dans la famille du kyo yaki. Elle est aussi avec Hagi et Karatsu la céramique la plus fameuse pour la cérémonie du thé. Le nom ne vient pas du lieu géographique de production, mais de la famille qui créa le style, et qui est encore active aujourd'hui. Elle ne fait que des chawan, des bols pour le thé. Ils viennent en kuro (noir), aka (rouge) et shiro (blanc). Il existe une autre famille faisant des pièces similaires au raku yaki et dont le nom a été donné à leur production : les Ohi. Les deux familles n'utilisent pas de tour, mais forment à la main des pièces qui pourraient sembler grossières. Cette simplicité est la raison pour laquelle elles plaisent tant aux japonais. Hagi, situé au bout de l'île de Honshu, dans la préfecture de Yamaguchi, est un autre de ces centres qui ont su bénéficier de leur proximité avec la Corée pour développer une industrie céramique importante. Le hagi yaki utilise deux types de glaise qui changent à la cuisson de façon imprévisible. Ceci et la glaçure à base de cendres et les aléa du four grimpant chauffé au bois, donnent des pièces d'une infinie variété, mais toujours simples dans leur forme et leur style. Les pièces de hagi yaki ont souvent une encoche taillée sur le pied, c'était autrefois un moyen de vendre des pièces "abîmés" aux gens ordinaires, quand la production était réservée aux nobles. Karatsu, dans les préfectures de Saga et Nagasaki, sur l'île de Kyushu, et donc voisin de la porcelaine d'Arita, est fameux pour sa sobriété. Les pièces sont généralement d'un jaune-beige couvrant des motifs simples brun-gris représentant souvent des herbes ou des feuilles. Il exite un ko karatsu ("vieux Karatsu") finalement assez similaire. Près de Karatsu et de Arita on trouve le yumino yaki qui ressemble assez au karatsu yaki. Les motifs, notamment le pin, sont presque esquissés. Kagoshima, outre la porcelaine vue plus haut, offre dans la famille du satsuma yaki six styles dit "traditionnels" de céramique vernissée - tous différents - ainsi que des pièces blanches ou noires fameuses. Banko est dans la préfecture de Mie. Si au début on laissait beaucoup de glaise nue, l'agrémentant de motifs simples et élégants (un style encore pratiqué), avec le temps se développa un style plus chargé et décoratif, privilégiant les motifs de fleurs et une couleur rouge-brune. Mashiko, dans la préfecture de Tochigi, produit de la céramique depuis plusieurs siècles, mais le style actuel, pour lequel Mashiko est fameux, remonterait à 1853. Il est plutôt géométrique, utilisant des carrés, des cercles, des spirales et des lignes sinueuses. Les bruns et le blanc-crème dominent. Le tout a une allure plutôt sobre. Mais la célébrité de Mashiko remonte surtout aux années vingt, quand Hamada Shoji (1894-1978) et Bernard Leach (1887-1979), deux potiers fondateurs du mouvement mingei, y ont été actifs. Kasama est un autre centre de céramique de Ibaraki, près de Mashiko. Il est fameux pour sa diversité de style. Et il existe d'autres centres de production secondaires rattachés au mouvement mingei :
La faïence non-vernissée Bizen est dans la préfecture de Okayama, dans le sud de Honshu, et depuis le douzième siècle on y fait une céramique exceptionelle, tout en tons de brun et de rouge, léchée par les flammes, superbe... Les pièces plus modernes laissent plus de place à la couleur naturelle de l'argile. Les plus vieilles, mais qui sont encore faites aujourd'hui, les ko bizen, ont un fini que le feu a marqué profondément, et des tons généralement plus foncés. On trouve aussi un ao bizen (Bizen vert) qui tire en fait beaucoup sur le gris, et qui comprend des figurines souvent très complexes et détaillées. Echizen (Fukui) est d'un style comparable à celui de Bizen, peut-être plus sombre, ce qui le rapprocherait donc du ko bizen yaki. On dit de la céramique de Shigaraki (Shiga) qu'elle est rustique et rude. En tout cas elle est ancienne, remontant au huitième siècle. Si des pièces d'un bleu indigo ont été fameuses durant l'époque Edo, ce sont les pièces vertes qui sont aujourd'hui en faveur, notamment pour la cérémonie du thé. Ce vert est formé par la cendre qui tombe sur les pièces dans le four, et non pas par une glacure. Iga (Mie) est aussi une céramique non-vernissée brûlée par le four et ayant un vernis naturel à base de cendres. Le centre est voisin de celui de Shigaraki et a un style comparable, mais qu'on dit plus robuste. Tokoname (Aichi) est fameux pour ses poteries avec des incrustations de cendres, aussi utilisées pour la cérémonie du thé, mais des pièces colorées, vernissées et même des produits industriels sont faits dans la région. La région de Tamba (Hyogo) est fameuse pour des céramiques rustiques, utilisées tant pour la cérémonie du thé que dans la vie quotidienne. Si parfois on utilise de la glaçure, les pièces sont généralement non-vernissées, souvent dans des tons de vert, et sont appréciées pour leur simplicité. Une question de style Parfois une région est fameuse pour un certain style, et ses potiers le pratiquent assiduement. Mais certains potiers vont à l'occasion créer un style personnel, qui s'il a du succès, va éventuellement être pratiqué par d'autres. La région devient alors fameuse pour deux styles. D'autres régions peuvent copier ces styles, ou s'en inspirer. Des potiers changent de région ou en fondent de nouvelles. Certaines régions sont des centres de production importants, avec plus d'une centaines d'ateliers, d'autres n'ont qu'un four et une demi-douzaine d'artisans. Tout cela pour dire que dans certaines régions, les styles pratiqués changent régulièrement, qu'ailleurs c'est beaucoup plus stable, et qu'il est parfois particulièrement difficile de donner de façon certaine une origine à une pièce, car les styles changent et se recoupent. Notes diverses Il y a une liste traditionnelle des six vieux fours du Japon : ce sont Bizen, Echizen, Seto, Shigaraki, Tamba et Tokoname. Les six sont encore actifs, et tous sauf Seto font des céramiques non-vernissées. Il y a d'autres petits centres de production sur lesquels je suis tombé en recherchant ce sujet :
Irabo yaki est le nom d'une céramique coréenne au fini rustique ayant été un temps fameuse pour la cérémonie du thé. En fait, les bols à thé coréens, de plusieurs styles, ont été en faveur auprès des connaisseurs. Suzu yaki est une très vieille céramique de la péninsule de Noto, ayant disparu et qui a été reprise il y a une vingtaine d'années.
Six potiers de Kyoto à l'époque Edo Ninomura Ninsei (actif ca. 1630-90) fut formé dans le style Tamba, mais s'intéressa d'abord à la céramique de Seto, d'inspiration coréenne. Puis, ayant obtenu des formules traditionnelles et étrangères pour la glaise et la glacure, s'inspirant de modèles européens (notamment espagnols) et chinois, il lança sur une grande échelle la production de céramique sophistiquée à Kyoto, notamment à Kiyomizu. Ogata Kenzan (1663-1743) est un des élèves de Ninomura Ninsei et le frère du peintre de style Rimpa Ogata Korin. Cependant son style est moins influencé par l'étranger que celui de son maître. Il est plus en filiation avec Hon'ami Koetsu et la colonie artistique de Tagakamine. Originaire de Kyoto, il déménagea à Tokyo, puis s'installa à Sano, dans la préfecture de Tochigi. Okuda Eisen (1753-1811) fut le premier à produire de la porcelaine à Kyoto. Il utilisait des glacures multicolores et des émaux dans des motifs complexes. Il eut une grande influence sur les deux artistes qui suivent. Ensemble ils préparent la voie vers le kiyomizu yaki. Aoki Mokubei (1767-1833) était non seulement céramiste, mais aussi calligraphe et peintre. Il était près de l'école Nanga et donc très influencé par la Chine. Il est fameux pour ses céladons, inspirés de bronzes anciens. Ninnami Dohachi (1783-1855), aussi appelé Takahashi Dohachi, élève de Eisen, ses oeuvres sont à la fois fortes et simples, polychromes, mais sobres. Il privilégia les styles japonais et fit beaucoup d'objets pour la cérémonie du thé. Eiraku Hozen (1795-1854) maîtrisait plusieurs techniques fameuses, comme le sometsuke (blanc et bleu), le kinrande (or et émaux) et les copies de pièces chinoises anciennes. Il a eu une grande influence dans la région de Kyoto, mais ne réussit pas à s'installer à Tokyo. Son fils Wazen (1823-96) lui succéda. L'époque Meiji Quand les occidentaux sont arrivés au Japon dans les années 1860, ils étaient à la recherche de soie et de céramique. Celle de Imari a beaucoup profité de sa proximité de Nagasaki, un des ports ouverts au commerce étranger. Ses artisans produisirent en grand nombre des pièces pour l'exportation, dessinant sous la directive des étrangers ce qu'on considérait comme asiatique en Occident, un mélange de motifs chinois et japonais, plus ou moins authentiques, mais exotiques et anecdotiques à souhait. Cependant certains s'attaquèrent aux marchés extérieurs de façon beaucoup plus créative. Miyagawa Kozan (1842-1916) est né dans une famille de potiers de Kyoto. Il s'installa à Yokohama, l'un des principaux ports ouverts aux étrangers (avec Kobe et Hakodate) au début de l'ère Meiji et commença à produire des céramiques pour l'exportation à son four de Makuzu. Il développa un style hybride, appliquant des techniques occidentales à des pièces d'esprit oriental. Il est fameux pour ses vases sur lesquels sont greffés des figurines d'animaux avec des motifs de plantes. Ces oeuvres furent envoyées dans plusieurs expositions internationales et Kozan fut largement honoré par le gouvernement japonais. Il abandonna ce style vers la fin de sa vie au profit de pièces peintes beaucoup plus sobres. Sa tradition dura quatre générations, jusqu'aux années soixante. Le vingtième siècle Itaya Hazan (1872-1963) fut le professeur de Hamada Shoji. À voir ses oeuvres, qui sont toutes en détails fins, en dégradés de couleurs, on ne dirait pas. Né à Ibaraki, près des monts Tsukuba, il étudia les arts avec Takamura Koun et Okakura Tenshin. Il pratiqua et enseigna d'abord la sculpture avant de se tourner vers la céramique en 1898. Il développa un style raffiné dans lequel l'influence de l'art nouveau peut être senti, et basé sur des techniques personnelles, malheureusement perdues avec lui, personne ne pouvant comprendre les notes qu'il a laissées. Kitaoji Rosanjin (1883-1959) est considéré par plusieurs comme le plus important potier du vingtième siècle. Cet homme éclectique, raffiné, mais arrogant, eut une enfance difficile, étant orphelin et pauvre. Il commença sa carrière comme sculpteur d'enseignes de magasins, puis devint calligraphe. Ensuite, fin gourmet, il se lança dans la restauration. Ce n'est que lorsque le tremblement de terre de 1923 détruisit sa vaisselle, qu'il se lança dans la céramique. Il avait quarante ans. Il est autodidacte. Il copia plusieurs styles classiques - kutani, aka shino, ao oribe - avant de développer le sien, puis de s'intéresser à celui de Bizen. Il écrivit sur la céramique traditionnelle japonaise, et la collectionna. Il habitait à Kita-Kamakura, et hébergea là Isamu Noguchi. Vers la fin de sa vie, il voyagea aux États-Unis et en Europe. Il refusa le titre de Trésor National Vivant. Okugawa Chuemon (1901-1975) faisait des céramiques blanches à motifs incisés, aux lignes pures avec des angles, des pièces d'une grande élégance. Sodeisha est un groupe de céramistes de l'après-guerre basé à Kyoto et fondé par Yagi Kazuo (1918-1979), Yamada Hikaru (1924) et Suzuki Osamu (1926). On le dit l'antithèse du mouvement Mingei, adoptant une approche sculpturale et innovatrice qui aura une grande influence sur les potiers qui suivront. Fujimoto Yoshimichi (1919-1992) était peut-être plus peintre que céramiste. Il a développé une technique d'émaux en couches donnant un peu l'impression d'aquarelles. Il est l'auteur d'un ensemble de table de deux cent trente pièces qui ne fut utilisé qu'une fois par l'empereur et l'impératrice du Japon. Il fut professeur à l'École des beaux-arts de Tokyo. Kamoda Shoji (1933-1983) est l'un des céramistes les plus populaires du Japon. Ses oeuvres sont variées. Il travaillait d'abord à Mashiko, haut-lieu du mouvement Mingei, mais n'y contribua pas, bien qu'il étudia avec Tomimoto Kenichi. Il fit d'abord des pièces aux glacures naturelles, à base de cendres, puis passa à des pièces plus sobres, souvent laissées à leur état naturel, mais d'un grand raffinement. Kuniyoshi Seisho (1943-1999) faisait des oeuvres à la fois traditionnelles et modernes, un peu rudes et lourdes, aux couleurs généralement sombres. Il affectionnait les pièces déformées ou brisées lors de la cuisson. Il vivait à Okinawa et est affilié au mouvement Mingei. Quelques potiers contemporains Tsuji Kosei (Tokyo, 1942) produit des oeuvres énergiques, fortes, simples mais équilibrées, dans plusieurs finis généralement assez sobres. Il n'a rien de traditionnel, sinon peut-être une influence de la calligraphie, qu'il pratique aussi. Kimura Yoshiro (1946) fait de superbes pièces, fines, élégantes, légères, d'un bleu profond et lumineux, ou blanches, qui ont quelque chose d'organique, de par leurs courbes, et de minimaliste, se limitant à leur forme et leur couleur, se passant de toute décoration. Sueharu Fukami (Kyoto, 1947) fait des céramiques-sculptures dans le style seihakuji (une céramique blanche-bleutée), toutes en courbes et en pointes, d'une grande pureté et élégantes, pour lesquelles il développa plusieurs techniques innovatrices. Il est récipiendaire de plusieurs prix. Shimada Fumio (1948) est un maître contemporain de la porcelaine peinte et professeur à l'École des beaux-arts de Tokyo. Ses oeuvres sont relativement sobres, utilisant peu de couleurs et surtout des dégradés de bleu cobalt. Kawakami Tomoko (1957), fait des vases qui sont d'une grande pureté de ligne, de couleur naturelle et au fini rugueux, comme si ils venaient de sortir de terre. J'y vois l'expression de la force minérale dans toute sa simplicité. Sakai Hiroshi (1960) fait de son côté des vases sphériques gris-bleus, parfois avec des touches orangées, au fini rugueux et texturé. Doi Shinnosuke fait des vases aux lignes pures, souvent dans des couleurs froides et avec des motifs géométriques. Il fait aussi des pièces murales, dans des tons de terre, qui mélangent des motifs géométriques et naturels, qui sont fragmentés, un peu comme un casse-tête, et font penser à des toiles. Quelques compagnies actuelles Noritake produit de la porcelaine à l'occidentale. Les frères Morimura fondèrent d'abord en 1876 une société d'import-export active à Tokyo et New York, dont l'activité principale était l'exportation de céramique japonaise aux États-Unis. En 1904, ils fondèrent leur propre compagnie de production de céramique, qui dès le début produisait de la porcelaine de table occidentale. Aujourd'hui Noritake est l'une des grandes compagnies dans le domaine, et sa production n'a rien à envier à celle de ses concurrents. Okura, qui est un autre manufacturier de vaisselle en porcelaine japonais, a été acheté par Noritake, mais les productions des deux compagnies sont indépendantes. L'esprit est cependant assez similaire. Yokohama Porcelain, basée comme son nom l'indique à Yokohama, remonte au dix-neuvième siècle. On y fait de la vaisselle à l'occidentale, des services à thé à la japonaise et même des horloges, en leur conférant, avec des motifs traditionnels, un air à la fois moderne et japonais intéressant. Narumi Corporation fait de la vaisselle en porcelaine à Nagoya depuis 1946. Ils ont un style plutôt classique, avec beaucoup de modèles blancs et bleus. Ils allient des formes et des motifs occidentaux à un héritage asiatique. Nikko a été fondé à Kanazawa sous le nom Nihon Kohitsu Toki par la famille Maeda en 1908. Ils tendent à être sobre. Ils ont des modèles peints, avec métaux précieux, mais ceux en porcelaine blanche sont superbes, à la fois minimalistes et raffinés. Kyocera est une compagnie de haute-technologie qui a ses racines dans la production de céramique. Elle est fameuse pour ses couteaux en céramique. Ceux-ci sont fait en zircone, la deuxième substance la plus dure au monde, après le diamant. Ils peuvent rester des années sans aiguisage et sont chimiquement inertes. Faites cependant attention aux chutes et aux os, qui peuvent faire sauter des éclats de votre lame. |