L'immigration dans tous les pays est généralement lente et pointilleuse. Oeuvre de fonctionnaires, elle moud les dossiers, pond des numéros, agonise sur ses procédures. Et puis que le pays où il n'y a pas de racisme, et même de racisme institutionnalisé - depuis les "aliens" américains jusqu'aux "gast arbeiter" allemands - jette la première pierre dans la marre du voisin... |
Mais le Japon! Ah! le Japon! Il atteint des sommets hymalayesques dans la xénophobie! |
Mochiron signifit "bien sûr" ou "évidemment". |
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En matière d'immigration, le Japon est un pays qui frissonne en été. Il y a les cambrioleurs et les fraudeurs chinois, le crime organisé coréen que la police harcèle pour laisser la place aux yakuza, et les méchants terroristes qui guettent le pays. Alors on prend la chose très au sérieux, et on met tout le monde dans le même panier. Durant la coupe du mode de football en 2002, le Japon se donnait des émotions, caché dans son futon, au sujet des "hooligans" : - On en a refoulé un à la frontière hier!
Il y avait plus de policiers sur le terrain que de joueurs, plus de policiers dans le stade que d'étrangers. Il y avait des démonstrations de lutte anti-émeute à la télévision. Il n'y a évidemment eu aucun problème, et pas parce que les autorités japonaises étaient prêtes à affronter les envahisseurs. Au Japon, on imagine presque les étrangers, les gaijin, portant des armes pour aller à l'épicerie, comme des cowboys, vendant de la drogue sur le coin des rues, avec la bénédiction de leur gouvernement, et n'ayant d'autre préoccupation que d'étendre leurs affaires chez les nippons. En passant la douane on vous tend de temps en temps un cahier avec des images et on vous demande si vous avez des armes à feu, des explosifs, des épées, de la drogue, des médicaments, de la pornographie... - Moi? J'ai une Uzi, trois bâtons de dynamite, de la cocaïne et des aspirines. Pourquoi? Dans une banque il est impossible de se faire servir autrement qu'en japonais, mais l'avis disant que l'endroit est fréquemment patrouillé par la police est en six langues. Tous les étrangers sont des criminels potentiels. Quand on prend le train, il y a des messages annonçant que la compagnie de train et la police sont sur un pied d'alerte "avancé". Pourquoi? Pour défendre le pays contre les terroristes. On n'en a pas vu encore, mais qui sait? Le Japon est paranoïaque. Il est xénophobe. Lâchons le mot : le Japon est raciste. Et l'immigration au pays du soleil levant est à l'image de cela. D'abord on n'immigre pas vraiment au Japon. Le taux d'immigration étant inférieur à 1 immigrant pour 100,000 citoyens (0.001%), on le met habituellement à zéro. Ceci signifit qu'il y a moins de 1270 immigrants par année au Japon, pour une population de 127 millions. De même, le nombre de réfugiés au Japon est tellement bas, que sur la carte du Haut-Commissariat aux Réfugiés de l'ONU, il est de... zéro. On traine les presque deux millions d'étrangers vivant au pays de visa en visa. La relation est moins familiale que d'affaire. Dans un pays démocratique et sain, après quelques années vous faites parti de la famille. Vous voulez vous joindre à nous? Vous avez fait vos preuves? Bienvenue! Au Japon, tant que le pays et le ressortissant étranger trouvent avantage, on s'entend autour d'un visa temporaire, au maximum de cinq ans. Les deux partis peuvent mettre un terme à l'accord en tout temps. Il y a un statut de résident permanent, mais il n'est à peu près pas utilisé. Que vous ayez vécu là quarante ans, ça ne change rien. Le Japon ne s'engage pas. Vous avez un conjoint japonais, une maison, des enfants? On s'en fout. On peut vous mettre dehors n'importe quand. Je sais bien que le Japon n'est pas le seul pays pouvant être critiqué en matière d'immigration. La Suisse atteint des sommets (alpestres) dans le racisme et la stupidité. Les fonctionnaires, les douaniers et les policiers ont en France une réputation à faire vomir. La politique "portes ouvertes" du Canada a causé plus de problèmes qu'autre chose. La Belgique... Je ne connais pas la Belgique. Mais le Japon devrait être moins engoncé dans sa "japoniaiserie" et admettre une bonne fois pour toute que sans les étrangers le pays serait toujours au Moyen Âge, et que ce sont eux qui déjà supportent une bonne partie de l'économie. Au lieu de ça, les japonais s'opposent au changement, en ne voulant pas voir les changements déjà accomplis. Pourtant, la population japonaise vieilli. Il n'y aura bientôt plus assez de japonais valides pour supporter l'économie et faire vivre les vieux. Et on en cause, et on déblatère, et on se demande "mais qu'est-ce qu'on va faire"... - Ouvrir le pays à l'immigration? Mais vous n'y pensez pas!
Le Japon depuis plusieurs années souffre d'un ralentissement économique et en conséquence d'une hausse de la criminalité. Les japonais sont inquiets. Les politiciens démagogiques se font fort d'accuser les étrangers de tous les torts. C'est tellement facile! Ils brandissent le hochet de la menace étrangère et se font élire et réélire, sans pourtant que leurs méthodes fortes n'améliorent quoi que ce soit. L'archétype de ce genre d'individu est le gouverneur de Tokyo, M. Ishihara, qui dit en conférence de presse des choses d'une grande intelligence, comme : (Roppongi) est maintenant virtuellement un quartier étranger. Des africains - je ne veux pas dire des afro-américains - qui ne parlent pas anglais sont là à faire on ne sait quoi. Le Japon est probablement le seul pays au monde où Little Black Sambo (H. Bannerman, 1899), un livre que l'on pourrait un peu comparer à Tintin au Congo pour sa présentation des noirs, a été un succès de librairie ces dernières années. Car les étrangers se ressemblent mais ne sont pas tous les mêmes. Les occidentaux sont généralement bien traités, mais la masse des chinois, des coréens, des iraniens - tous ceux qui n'ont pas le bonheur d'être blancs et qui n'ont pas toujours de grandes compétences - ont la vie dure. En fait, les japonais ont une relation ambivalente avec les étrangers. Depuis l'ère Meiji, ils n'ont pas le choix que de respecter, et même d'admirer, les cultures étrangères fortes, comme la France, l'Angleterre, l'Allemagne et les États-Unis. Mais ce sentiment, qui frôle le complexe d'infériorité, se double à l'intérieur du pays d'un chauvinisme, d'une condescendance, d'une xénophobie ancrés dans la culture nippone. En attendant que le voile leur tombe des yeux, les japonais, qui ont besoin des étrangers, ne leur donnent en échange de leurs services que le minimum - un salaire - et vous ne pouvez pas, après des années de contribution au pays, y faire valoir vos idées ou y faire votre vie de façon stable. La raison de tout cela est claire : les japonais ont, comme tout le monde, leur culture nationale, mais contrairement aux pays occidentaux, ils ne lui permettent pas d'évoluer, du moins pas sous les pressions de l'extérieur. Ils ne veulent pas de nouveaux citoyens avec des idées "étrangères" ayant le droit de vote et la possibilité de changer les choses. Imaginez un député d'origine étrangère demandant la réforme de l'assurance-maladie, qu'on oblige les compagnies à donner deux semaines de vacances par an et à payer le temps supplémentaire, qu'on combatte pour de vrai la corruption gouvernementale. Où irait le pays?! Le Japon est un enfant égoïste qui ne prête pas ses jouets, une bourgeoise prétentieuse qui ne fréquente pas "ces gens-là", un club privé où vous ne pouvez entrer que pour faire le ménage. C'est surtout un pays de racisme institutionnalisé et exploiteur.
Bienvenue au Japon Depuis novembre 2007, le Japon prend les empreintes digitales et la photo d'identité de tous les étrangers entrant sur son territoire (avec quelques exceptions comme les tenants de visas diplomatiques). Cela inclut les touristes et les résidents. C'est officiellement pour protéger le pays contre le terrorisme et les maladies infectieuses... Comment ceci préviendra cela est encore un mystère. Comprenons-nous bien : les deux cas de terrorisme connus au Japon sont l'Armée Rouge Japonaise, active au Japon dans les années soixante-dix, et la secte Aum, responsable de la dispersion du gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995, il y a donc plus de dix ans. Les deux sont japonais. Aucun terrorisme international n'a jamais été identifié au pays. Cet épouvantail sert d'excuse aux japonais pour donner libre court à leur paranoïa et leur xénophobie. Tous les étrangers sont des criminels potentiels. Le Japon doit se protéger. Quand on ne fait pas confiance aux ressortissants d'un certain pays, on les force à obtenir leur visa dans leur pays, et on fait une enquête. Le Japon a avec la France, la Suisse, le Canada, la Belgique (et bien d'autres pays) des ententes réciproques et les habitants de ces pays peuvent recevoir leur visa de tourisme à l'entrée du pays... parce qu'on leur fait confiance. De même, pour résider au Japon les services de l'Immigration étudient les dossiers et il ne devrait donc y avoir que des gens de confiance vivant au Japon, comme on fait confiance aux japonais dans les pays où ils émigrent. Ensuite ces étrangers au Japon font parti intégrante de la société, ils sont souvent mariés à des japonais, travaillent, payent des impôts... pour se voir ensuite fichés comme des criminels. Est-ce que cette politique du fichage des méchants étrangers, de tous les étrangers - qui a court dans d'autres pays mais à un degré moindre - ne contredit pas toutes les ententes internationales? Et d'un autre côté le Japon veut promouvoir le tourisme au pays! Alors à l'aéroport on vous reçoit avec Yokoso! (bienvenue). Quelle hypocrisie!
La minute de madame Irma... Je vois, je vois... dans ma boule de cristal... un Japon vieillissant, menacé par la Corée, Taiwan et la Chine... Je vois des étrangers harcelés par les autorités, citoyens de second ordre, qui portent pourtant l'économie à bout de bras... Oh! un instant... Que vois-je? Mais est-ce possible? Je vois... un Japon forcé de s'ouvrir! Une marée humaine le recouvre. Les japonais étouffent! Ils ne portent plus de kimono... Ils ne portent plus de sabres... Horreur! Ils s'habillent à l'occidentale, se promènent en auto, regardent la télévision et mangent des hamburgers! Ils ne sont plus japonais! |