Je classe du point de vue juridique les pays en trois catégories. D'un côté il y a les pays démocratiques où la loi fonctionne. Elle peut fonctionner correctement sans plus, comme en France, pays du népotisme et des privilèges, mais elle fonctionne. De l'autre, il y a les dictatures où la loi ne sert qu'à défendre les intérêts d'une minorité. Au milieu, il y a ces pays démocratiques, mais qui ont hérité d'une longue tradition dictatoriale et de corruption, comme le Mexique, la Russie, la Turquie, l'Indonésie... qui sont critiqués régulièrement dans les média pour les abus de leur système judiciaire. |
Le Japon, bien que considéré comme un pays démocratique et ne faisant pas la une des journeaux pour ses abus judiciaires, fait parti de ces pays du milieu. Le système judiciaire y est abusif et est pour cela souvent critiqué par les étrangers vivant au Japon. |
Taihen signifit difficile ou pénible. Taihen desu ne, signifira donc "c'est pénible, n'est-ce pas", comme la chaleur humide de l'été. |
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La culture japonaise est ancienne, mais le pays est jeune. Il est né, dans sa version moderne, dans les années 1860, quand les américains en ont forcé l'ouverture au monde, causant la chute du gouvernement shogunal et la restauration impériale de l'ère Meiji. Face à la menace étrangère, le Japon entreprit un grand mouvement d'occidentalisation. On envoya des délégations à l'étranger pour étudier les "barbares", de qui on allait tout apprendre. Les choses du transport et de l'industrie furent prises en Grande-Bretagne. L'éducation et la médecine se firent allemandes. La justice sera copiée sur la France. On parle ici bien évidemment de la France de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, celle qui oscillait encore entre la démocratie républicaine et l'absolutisme impérial, celle qui sortait tout juste de la censure officielle, où les femmes étaient soumises à leur mari légalement et n'avaient aucuns droits civiques, où on emprisonnait pour dette ou vagabondage, c'est-à-dire pour le crime de pauvreté. Cette France qui nous donna les droits de l'homme, mais qui se contente fort bien encore aujourd'hui de l'accusé devant prouver son innocence et qui remplace l'abeas corpus par la garde à vue. On peut supposer que le gouvernement Meiji, qui ne faisait pas dans la démocratie et les droits civiques - c'était une monarchie constitutionnelle où la constitution donnait tous les pouvoirs à l'élite - trouva le modèle français avantageux pour son programme. Après que la foudroyante modernisation du pays ait mené aux horreurs de la seconde guerre mondiale, les américains imposèrent au Japon une constitution et des lois, forcèrent la démocratisation du pays, et aujourd'hui le Japon est un état de droit. Alors où est le problème? L'individu au Japon n'a pas d'importance. Et les japonais se sont fait un système légal qui protège très efficacement la société, mais qui ne respecte pas les droits de l'individu, que dans n'importe quel pays démocratique on prendrait pour acquis. La détention Si vous êtes arrêté, ne serait-ce que pour un délit, la police peut vous détenir trois jours à sa discrétion, sans appel, ni jugement. Si la police ou le procureur (celui qui vous poursuit au nom de l'État) en sentent le besoin, ils peuvent demander jusqu'à vingt jours supplémentaires de détention. Vous passerez alors devant un juge, devant lequel vous ne pourrez pas plaider, qui ne fera que s'assurer - pour la forme - que tout a été fait dans les règles. Il semble qu'il accorde toujours la période de détention demandée. Dans un pays démocratique, on pourrait penser que si on ne vous reproche qu'un délit, que vous ne constituez pas un danger pour la société et que vous avez un emploi, un logement, une famille... on vous libérera pour attendre votre procès, où votre culpabilité sera décidée. Pas au Japon. On vous détient pour vous forcer à avouer. Parce que si la police vous arrête, vous êtes forcément coupable. Si nécessaire, pendant vingt-trois jours, on va vous interroger, vous poser les mêmes questions chaque fois, jusqu'à ce que vous admettiez la version policière. Est-ce que ça ne vous rappelle pas le Moyen Âge, quand la seule différence était que l'on vous torturait physiquement - au lieu de mentalement - pour vous faire avouer? Surtout que les conditions de la détention, qui se fait au commissariat de police, sont déplorables. On décrit l'absence de fenêtres, une courte sortie dans une cour murée, une seule visite de dix minutes par jour du lundi au vendredi, journeaux et lettres censurés, pas de téléphone, une douche aux cinq jours... Comprenez bien que vous êtes là pour être puni, pas détenu. La condamnation Quand vous avez avoué, vous êtes coupable, la suite n'est qu'une formalité. Le procureur vous posera les mêmes questions que la police, et c'est lui qui vous imposera votre sentence. Car même si vous passez devant un juge, ce qui n'est pas toujours le cas, vous avez avoué et le juge n'est encore là que pour s'assurer que tout a été fait dans les règles. Il acceptera, sans que vous n'ayez rien à dire, la sentence demandée. En résumé, vous avez été trouvé coupable par la police et condamné par le procureur. Les crimes graves sont traités différemment. L'enquête peut être longue et il y aura obligatoirement un procès, avec tous les frais que ça comporte. Vous serez détenu durant toute la procédure, pendant des mois. C'est pour s'éviter cela que les gens avouent, même innocents, car sinon, même pour un délit, ils devront passer par cette longue détention. Cependant le concept de délit n'existe pas vraiment au Japon. Ils sont vu comme des crimes mineurs. La différence est que même pour un délit, vous aurez un casier judiciaire. La corruption Je ne pense pas qu'il y ait corruption des officiels, dans le sens que vous ne pouvez pas acheter le juge ou obtenir des conditions de détention meilleures avec de l'argent. Cependant il y a un héritage de la corruption, c'est de pouvoir acheter votre victime. S'il est prouvé - par votre simple arrestation et vos aveux forcés - que vous avez nui à quelqu'un, vous pouvez payer à cette personne un dédommagement. En fait, souvent votre détention durera tant que cet argent n'aura pas été payé. Après le paiement, vous serez probablement rapidement libéré et l'affaire sera close. Si vous ne payez pas, parce que vous refusez ou parce qu'une entente est impossible, vous paierez sans doute une amende salée, de l'ordre de quelques centaines de milliers de yen, au bout de votre détention. Aussi la préoccupation des juges japonais est plus de conserver l'harmonie sociale que la justice, surtout dans les poursuites civiles. Ainsi, dans une affaire où les torts commis sont évidents, ils trancheront parfois en faveur du défenseur - souvent une grosse compagnie protégée par des politiciens puissants - parce que la justice causerait plus de tort à la société que ce qu'elle rapporterait. S'il n'y a pas un "vox populi" qui s'intéresse à l'affaire, pourquoi mettre dans l'embarras une honorable compagnie japonaise et nuire aux bons pères de famille qui y travaillent? Les droits et les intérêts des individus lésés ne comptent pas pour grand chose. La loi et les étrangers Au Japon, pays xénophobe par excellence, la loi n'est pas appliquée de la même façon pour les japonais et les étrangers. Dans un des guides que j'ai consulté pour écrire cet article, on donnait l'exemple d'une personne arrêtée pour la première fois pour un vol à l'étalage. Si c'est un japonais, comme c'est un crime mineur et une première offense, il ne devrait pas y avoir de détention. Mais si vous êtes un étranger, sous le prétexte fallacieux que les autorités japonaises ne peuvent déterminer si c'est votre première offense, ne pouvant pas avoir accès à un éventuel dossier dans votre pays d'origine, ils supposent que ce n'est pas la première et vous serez donc détenu. Le Japon se permet d'être plus strict avec les étrangers qu'avec ses citoyens : deux poids, deux mesures. Les crimes Il semble que beaucoup de gens soient poursuivis pour cambriolage ou fraude. Mais on l'a vu, tout est un crime au Japon. Les rixes, le vol à l'étalage et même les accidents de la route - en supposant que vous ayez transgressé une loi, comme la limite de vitesse - sont des crimes. Pour les étrangers, les problèmes d'immigration, comme de ne pas quitter le pays à l'expiration de son visa, sont une source de problèmes juridiques. Passer plusieurs mois en détention pour que la police détermine si, en plus d'être resté au pays sans visa, vous n'auriez pas commis - par hasard - quelqu'autre crime n'est pas rare. C'est encore une façon de vous punir sans jugement. Les avocats Ils sont chers. Si vous le demandez, un avocat de l'aide juridique viendra vous voir. Il écoutera votre histoire, empochera son argent et si vous voulez vous pouvez l'embaucher... en payant. Embaucher un avocat coûterait environ En fait, comme tout le processus est prévu d'avance et que vous êtes déjà reconnu coupable, je ne vois pas vraiment ce que votre nouvel avocat peut faire. Il va peut-être s'assurer que le juge s'assure que tout a été fait dans les règles... Il peut peut-être améliorer votre sentence, en faisant appel à des lois que vous ne connaissez évidemment pas. En fait, il semble surtout être là pour négocier une entente hors cour. C'est à vous de décider si ça vaut la dépense. La tradition Certains augumenteront que différents pays ont différents systèmes juridiques, et que le Japon, pays d'Asie, a une tradition et des valeurs différentes des nôtres. La tradition japonaise c'est que le samourai que vous croisez dans la rue et qui pense que vous lui manquez de respect peut vous décapiter. En effet, le système juridique japonais, malgré ses origines européennes, est ancré dans les traditions japonaises. C'est ce qui est inacceptable. Le Japon veut être reconnu - depuis l'ère Meiji - comme l'égal des pays occidentaux. Il veut maintenant un siège au conseil de sécurité de l'ONU. Peut-être que le Japon devrait d'abord adopter les valeurs occidentales - et pas seulement leur apparence - les seules valeurs démocratiques que cette planète ait jamais connues. Le Japon et les droits de l'homme Le Japon est un pays qui ne pardonne pas. Quand elle a payé sa dette à la société, on ne permet pas à la personne de se relever. Elle est marquée au fer rouge et ostracisée. Il n'y a plus de possibilité d'être embauché pour un emploi convenable. Certains perdent leur famille, qui les renie, et sont bannis vers la pauvreté et l'isolement. La police guette la rechute, et toute récidive sera encore plus sévèrement punie. Ensuite le Japon applique encore la peine de mort. Il n'est pas le seul, les États-Unis entre autres sont régulièrement critiqués pour leur politique de mise à mort. Mais le Japon n'accordant pas d'importance à l'individu, les conditions dans lesquelles l'exécution a lieu sont fortement critiquées. La plainte qui est le plus souvent formulée à cet égard est que le détenu serait averti la veille qu'il va être exécuté au matin. D'autres blâment tout simplement le Japon pour exécuter. Dans les conditions où les gens sont reconnus coupable, sous la pression de devoir avouer, l'idée de la peine de mort donne des frissons dans le dos. Quelques conseils D'abord n'ayez pas de problèmes d'immigration. Respectez les règles de votre visa. Les étrangers sans visa arrivent parfois à s'entendre avec les services d'immigration et à quitter le pays, mais ils sont le plus souvent prisonnier des frontières et attendent d'être arrêtés dans une raffle. Pour prouver que vous êtes en situation régulière, ayez toujours vos papiers sur vous, comme d'ailleurs la loi vous y oblige. Les japonais sont généralement très respectueux, mais il y a les yakuza (surtout les jeunes qui ont à faire leurs preuves), les bosozoku (des motards criminalisés qui se complaisent dans la violence), ou tout simplement des gens frustrés, saoûls ou violents qui peuvent vous provoquer, ou vous attaquer. Même si vous êtes convaincu d'être en état de légitime défense, il est probable que vous serez poursuivi pour avoir attaqué un japonais. Les témoins vont se sauver, et vous ne serez pas cru. Des étrangers battus par des japonais et qui n'ont même pas pu se défendre ont été arrêtés et condamnés. Par contre - et je parle par expérience - si un groupe de japonais vous bat à coups de pieds et de poings devant une vingtaine de policiers, ils vont s'en aller avec un avertissement. Si vous conduisez ayez un permis, respectez les limites de vitesses, les priorités et ne conduisez jamais en ayant bu, ne serait-ce qu'un peu. Un accident au Japon - même si ce n'est que de la tôle froissée - provoque une enquête, et si la police a des raisons de croire que, par exemple, vous rouliez trop vite, vous aurez sans doute plusieurs jours de détention à faire, et à payer quelques centaines de milliers de yen d'amende. Comme vous êtes sans doute quelqu'un d'intelligent - après tout vous lisez mon site - je ne vous parlerai pas du vol à l'étalage, des cambriolages... Si on vous amène au poste de police, vous n'êtes pas encore en état d'arrestation. On vous questionne et vous collaborez volontairement avec les autorités. Si vous décidez de partir, avant que la police l'ait décidé, vous serez arrêté et peut-être accusé d'obstruction à la justice. Restez calme, restez poli, n'en dites surtout pas plus que ce qu'on vous demande. Si vous ne parlez pas bien le japonais n'essayez pas de vous expliquer dans cette langue, vous allez dire des choses qui pourront être mal interprétées et qui seront ensuite retenues contre vous. Attendez l'interprète. Si on vous donne des papiers à signer et que vous ne pouvez pas les lire, ne les signez surtout pas. Attendez l'interprète. N'espérez pas que les choses vont s'arranger si vous montrez de la bonne foi ou si vous justifiez votre action. C'est peut-être bien, mais ce n'est probablement pas suffisant. Si vous êtes détenu, vous aurez d'abord un dossier de police, avec empreintes digitales et photos. On vous offrira ensuite d'avertir votre embassade. Je ne sais trop ce qu'elle peut faire. C'est à vous de choisir. Quand vous aurez été reconnu coupable, vous aurez un casier judiciaire. Il est ensuite fort probable que vous perdrez votre emploi et que vous aurez des problèmes avec les services d'immigration. En conclusion Avoir des problèmes juridiques n'est jamais une expérience agréable. À l'étranger c'est encore pire, même quand on est dans un pays démocratique. Au Japon, où on ne peut rien prendre pour acquis, et où on l'a vu, le système juridique serait la honte de n'importe quel pays qui ne serait pas démocratique que de nom, c'est juste un peu mieux que la Turquie. Certains vont jusqu'à décrire le Japon comme un état policier. Ils ont de solides arguments. Vous connaissez le proverbe japonais "le clou qui dépasse sera enfoncé"? On dit souvent des étrangers au Japon qu'ils sont des invités. On les apprécie souvent, on les tolère seulement parfois, mais ils dépassent toujours. Et au bout du bras lourd de la justice, il y a un marteau qui les guette.
Vous êtes victime d'un crime? N'espérez pas trop. Le Japon, qui se flatte d'avoir un des taux de résolution de crime les plus hauts au monde, voir même le plus haut, tend à classer sans résultats les affaires où les étrangers sont victimes. Des meurtres reconnus demeurent impunis, d'autres plus que probables deviennent des accidents incroyables, les cambriolages sont perpétrés impunément. Les femmes semblent particulièrement vulnérables. Beaucoup de japonais voient les femmes occidentales comme des nymphomanes qui vont ouvrir les jambes à la moindre sollicitation. Ça donne lieu à du harcèlement et à des aggressions, repoussées par les autorités du revers de la main. Vos droits légaux, pourtant officiellement reconnus par le Japon, ne seront souvent pas appliqués. Un exemple est la garde parentale, qui est régulièrement bafouée. Ainsi cet homme occidental, qui avait la garde légale de son enfant, l'a vu enlevé par sa femme japonaise. Il a été battu par un ami de son ex-femme et s'est fait dire par la police que s'il maintenait sa plainte, la police allait l'accuser d'avoir voler le téléphone portable de l'agresseur. Ensuite, bien qu'il avait en main les papiers légaux lui donnant la garde de l'enfant, les policiers l'ont laissé partir avec sa mère et ils ont disparu dans la nature. Maintenant il faut savoir qu'au Japon, tout le monde est fiché, et que ça ne prend que quelque minutes pour trouver quelqu'un dans les banques de données nationales. Si un étranger se plaint d'un japonais, pour du bruit nocturne par exemple, la plainte restera très probablement sans suite. Les étrangers n'ont pas à se plaindre des japonais, même quand ceux-ci sont dans leur tort; s'ils ne sont pas content, ils n'ont qu'à quitter le pays. Par contre, si un japonais se plaint que vous marchez sur sa rue de façon suspecte, vous risquez de voir quatre autos de police arriver pour vous contrôler. Est-ce racisme ou incompétence? C'est les deux. Les japonais ne sont en fait pas beaucoup mieux traités que les étrangers par leur police, qui a comme on l'a vu, des pouvoirs abusifs, pouvant fouiller et arrêter à volonté. Mais il y a en plus un racisme, qui fait voir les étrangers comme des criminels, et quand l'un d'entre eux devient victime, l'attitude semble être : "pour une fois que c'est l'un d'eux, tant pis pour lui"... Victime d'un viol? Espérez encore moins! Une australienne qui a été violée a raconté son expérience avec la police. On l'a amenée au commissariat où on l'a interrogée pendant plusieurs heures. On lui a demandé de décrire comment l'aggression s'était passée, si elle ne l'avait pas provoquée, de décrire ses habitudes sexuelles... Quand elle a demandé d'aller à l'hôpital, on lui a répondu que l'hôpital était pour les cas urgents et qu'un viol n'en est pas un. Comme elle avait envie d'aller à la toilette, elle a dû se retenir des heures pour ne pas détruire les traces de sperme de l'aggresseur. Elle n'a pu avoir un examen médical que quand la police l'a "relâchée". Quelques jours plus tard on l'a amenée sur le lieu de l'aggression pour faire sa démonstration. D'après elle, les policiers ont fait leur rapport selon leur opinion personnelle, pleine de préjugés. À cause de cela et du manque de données scientifiques, la poursuite, car le suspect a été identifié et poursuivi, a échoué. Elle a poursuivi le service de police pour incompétence, mais les policiers ayant fait leur travail comme il est attendu d'eux au Japon, cette poursuite a aussi échouée. Finalement, elle a eu gain de cause dans une poursuite civile contre son aggresseur. D'un côté, on peut se demander si le traitement qu'elle a reçu était dû au fait qu'elle était occidentale, donc une aguicheuse, une nymphomane, une femme pas comme il faut... De l'autre, le violeur étant un américain, n'est-on pas tombé dans le "c'est entre eux, ça ne nous regarde pas". Ça ne serait pas au-dessous des japonais, mais il semble que les victimes de viol au Japon soient généralement traîtées comme des criminelles (au féminin, car le viol de l'homme n'existe pas légalement). Depuis cette femme est devenue une activiste pour aider les victimes de viol au Japon. Officiellement on dénombre environ deux mille cas de viol annuellement au Japon. Le gouvernement admet volontier que les victimes ne portant pas plainte - et on se demande bien pourquoi - le chiffre réel serait dix fois plus important. Les volontaires du seul centre d'aide aux victimes à Tokyo - ouvert deux jours par semaine et n'ayant pas de service pour les femmes étrangères, car n'ayant pas d'argent - estime que l'on devrait en fait multiplier par vingt. Ça ressemble aux pays occidentaux il y a quarante ans.
Les pièges et les arnaques Au Japon, vous êtes une victime facile. Vous ne parlez probablement pas la langue. Vous ne connaissez pas vos droits. Il y a probablement une loi pour vous protéger contre tout ce que vous pouvez imaginer, mais à la différence des pays occidentaux, ces lois ne sont pas appliquées, surtout quand ça concerne un étranger. Qu'elles sont les menaces? En voici quelques-unes. Parfois un employeur exigera de son employé étranger qu'il lui remette son passeport. C'est évidemment pour le garder en otage et s'en servir comme moyen de pression. Refusez de vous en départir. Si on vous le prend, plaignez-vous immédiatement à votre embassade. Aussi il est illégal de mettre dans un contrat d'embauche des clauses punitives en cas de démission de l'employé, mais ça n'arrête pas certains employeurs, qui vont par exemple saisir le salaire dû après le départ de l'employé. Il semble que certains commerçants accusent un consommateur d'avoir volé à l'étalage un produit qui vient d'être acheté. Ce n'est peut-être pas de mauvaise foi; ce n'est pas nécessairement seulement contre les étrangers. Ça a ses racines dans l'habitude qu'ont beaucoup de japonais de ne pas s'embarrasser du reçu de caisse et de le jeter tout de suite. Demandez et gardez vos reçus; ne les jetez qu'à la maison. Les bicyclettes au Japon sont enregistrées au nom de leur propriétaire lors de l'achat. Ça peut devenir une source de problèmes, par exemple si vous empruntez la bicyclette d'un ami et que l'on vous contrôle. Donner le nom de l'ami devrait (notez le conditionnel) vous sortir d'embarras, mais peut-être après un passage au koban (poste de police local) assez long. Si vous achetez une bicyclette usagée faites avec l'ancien propriétaire le changement d'enregistrement. Si vous trouvez une bicyclette abandonnée, ne la prenez pas, elle a peut-être été volée et vous serez accusé du crime. Pendant longtemps, les droits des femmes au Japon étaient négligeables. Ceci a donné lieu à des abus, entre autre dans les trains, des pervers leur font des attouchements sexuels. Si une femme vous accuse de l'avoir tripotée, vous êtes présumé coupable. Vous serez détenu si vous ne pouvez pas prouver votre innocence, et comment la prouver? Je me suis amusé à compter combien de personnes je touchais dans un train bondé : le record est sept. Peu importe lequel c'était, si elle pense que c'est vous, vous allez écoper. Si vous empruntez de l'argent, limitez-vous à vos amis et aux banques (si elles acceptent, ce qui est peu probable). N'utilisez pas les services des nombreuses compagnies de prêt, qui ont des taux d'intérêt faramineux, et encore moins des prêteurs usuraires affiliés au crime organisé. Faites aussi attention en utilisant un guichet automatique, certains sont affiliés à des fraudeurs ou des usuriers. N'utilisez que les guichets de banques reconnues.
Un problème de perspective Les japonais vous diront et vous répéteront que le Japon devient dangereux, car le taux de criminalité augmente. Mais on dit aussi que comparé aux pays occidentaux en général, le Japon est sécuritaire : les femmes se promènent la nuit, les gens transportent beaucoup d'argent. Il est difficile de dire si les japonais s'alarment pour rien, le taux de criminalité étant encore bas, ou si le pays est vraiment dangereux, et le cache comme tant d'autres choses. On dit parfois du Japon qu'il est le paradis de la violence domestique. Des employés de bureau, des ouvriers, harassés, frustrés, battent impunément femme et enfants. Dans les écoles, des enfants sont maltraités par d'autres enfants, et même par des professeurs, sans que leurs parents ne puissent rien faire. Les femmes victimes de harcèlement téléphonique n'ont pas de recours, ce n'est pas un crime au Japon. Tout cela est de la violence cachée. Et puis on parle beaucoup de cambriolages et de fraudes - qui sont l'oeuvre de méchants chinois - des vols à la tire - contre des hommes saoûls qui dorment dans le train ou des femmes qui ne regardent pas leur sac - des délits de fuite - après avoir frappé quelqu'un - des prêts usuraires - la police tolère des taux allant jusqu'à 10% au dessus de la limite légale - des assauts - des groupes d'adolescents battent et volent des gens. Il n'est pas ici question des crimes graves, comme cette femme occidentale, qui a été tuée, dépecée et enterrée dans une caverne, de ce voleur qui a brûlé vives les femmes travaillant dans la bijouterie qu'il dévalisait, de cet homme qui a décapité à coups de sabre des passagers dans le train, ou de cet autre qui a poignardé des enfants dans une école primaire. Ces choses n'arrivent que chez vous - pays de criminels et de violence où les japonais ne s'aventurent qu'en groupe et ne sortent pas la nuit - elles ne peuvent pas arriver au pays du soleil levant. Je vous quitte sur cette déclaration que m'a faite un japonais au sujet d'un quartier d'usines du sud-est de Tokyo : "je ne vais jamais à Shinagawa la nuit, comme tu sais, les japonais de classe ouvrière sont dangereux". |