J'ai lu quelque part que 25% des poissons consommés de par le monde le sont au Japon. Les quelques cent-vingt-sept millions de japonais consomment poissons et autres produits de la mer quotidiennement. Ils peuvent être crus, mais le plus souvent ils sont grillés ou mijotés. Avec le riz blanc, la soupe miso et les tsukemono - les marinades - ils peuvent apparaître aux trois repas de la journée. |
Essayons de survoler le monde poissonnier, ses délices et ses détails. |
"ii nioi" signifit "bonne odeur" ou "ça sent bon"... quand on aime vraiment le poisson... |
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À tout seigneur tout honneur : le sushi On dit qu'à l'origine le sushi était une façon de conserver le poisson. On alternait, dans une boîte ou un baril, les couches de riz vinaigré et de tranches de poissons. Quand était venu le temps de consommer le poisson, on aurait jeté le riz. Je doute de la véracité de ce dernier détail, car les japonais, comme les autres agriculteurs du monde, travaillaient fort pour leurs produits et n'auraient certainement pas jeté une céréale aussi importante dans leur alimentation que le riz. De toute façon, éventuellement, sans doute conscient du gaspillage immonde qui sera un trait caractéristique de leurs descendants, les anciens japonais se seraient mis à consommer le riz avec le poisson, créant ainsi le premier sushi... J'aime les histoires qui finissent bien. Encore aujourd'hui on trouve dans la région du Kansai, autour de Osaka, des oshi sushi ou hakozushi. Ils sont fait dans des boites en bois carrées, et on y presse des couches de riz et de poisson, en finissant avec ce dernier, qui est souvent aussi vinaigré. On coupe ensuite en petits morceaux carrés. Le saba, le aji et parfois le saumon sont les poissons les plus populaires, mais on utilise aussi les crevettes et le kombu. Quand on utilise le saba, la préparation prend le nom de battera sushi. À Yamagata on prépare le shiobikizushi, qui utilise le saumon, dont la couleur rouge est garante de bonheur et d'opulence. Dans la région de Kamakura, on utilise le aji. Si de l'omelette émincée couvre votre sushi, il vient sans doute de Nagazaki et porte alors le nom de ômura-zushi. Mais le sushi le plus couramment vu et mangé demeure le nigiri sushi, parfois appelé edomae sushi, du nom de son lieu de naissance : Tokyo, dont l'ancien nom est Edo. C'est une petite boule de riz, avec une tranche de poisson dessus. L'idée était d'offrir sur la rue, un en-cas économique (comme les temps changent!), fait à partir de la prise du jour : un peu de riz, un morceau de poisson et hop! en route pour le kabuki. Une des caractéristiques du nigiri sushi et de toutes les variétés utilisant un poisson cru, est la présence du wasabi. C'est la racine verte d'une plante aquatique, parfois appelée raifort japonais, qui est très piquante et qui a des propriétés antisceptiques : le poisson est cru, souvenez-vous, et ça aide à prévenir les problèmes possibles inérants à sa consommation. Quand on utilise un neta - c'est le nom de la garniture sur le sushi - qui est coulant, comme l'ikura (les oeufs de saumon) ou le uni (l'oursin), pour le retenir on fait un gunkan sushi en entourant le riz d'un nigiri sushi - qu'on appelle incidemment shari - par un petit mur de nori. Habituellement on offrira aussi au consommateur des rouleaux, appelés makisushi ou nori maki, dans lesquels le poisson est au centre, entouré de riz et d'une feuille d'algues nori. Le petit rouleau, qui n'a qu'un ingrédient, est le hoso maki (hoso signifiant mince et maki rouleau). L'ingrédient n'est d'ailleurs pas nécessairement du poisson, il y a des maki au kanpyo (des bandes de gourde séchées), au oshinko (on utilise du takuan, une marinade de gros radis), au gobo (une racine un peu croustillante) et même au natto, les fèves de soya fermentées, horreur de la plupart des étrangers et de quelques japonais aussi. Cependant les plus populaires sont le tekka maki (au thon) et le kappa maki (au concombre). De son côté, le futo maki est plus gros (futo signifit justement gros ou large) et comporte plusieurs ingrédients, incluant habituellement de l'omelette, du kampyo et d'autres légumes, et souvent un poisson, parfois de l'anguille, parfois du surimi (l'imitation de crabe). Quand le riz se trouve à l'extérieur, et donc le nori à l'intérieur contre le poisson, le rouleau prend le nom de ura maki. Et il existe un chu maki, de taille intermédiaire entre le hoso maki et le futo maki (chu signifiant moyen), souvent à base de negitoro (un mélange de thon et d'oignon vert ou de ciboulette émincé), de thon ou d'ikura. Il y a aussi des rouleaux qui forment des figures, comme les shikai-maki et tomoe-maki. Le premier est carré avec une omelette au centre, le second est rond et a trois parties en forme de goutte, un peu comme un triple yin-yang. Dans la préfecture de Chiba, on se fait une spécialité de rouleaux représentant, par exemple, des fleurs de cerisiers. En fait, l'imagination étant la seule limite, on peut en voir de toutes les formes. Et puis il existe d'autres sortes de sushi. Par exemple le inari sushi n'offre que du riz dans une pochette d'aburaage, une pâte de soya frite. Si le aburaage est remplacé par une mince omelette on obtient le chakin-zushi. Le chirashi-zushi est un bol de riz sur lequel on place poisson cru, omelette, nori... Il est aussi appelé barazushi et gomokuzushi. À Okayama on offre le bizen barazushi, qui contient des crevettes, du calmar, du sawara, des fèves endomame et des noix de gingko. Le temaki sushi est un cornet d'algues nori contenant du riz et quelques-uns d'une vingtaine d'ingrédients possibles, tant poissons que légumes. Il peut être acheté tout fait, mais est aussi populaire pour les repas entre amis, les ingrédients étant placés au centre de la table et chacun préparant son cornet à sa façon. Le bo sushi est une barre de riz sur laquelle on étale le poisson et que l'on coupe en morceaux. Ça ressemble beaucoup au nigiri sushi. À Kyoto on fait ainsi le sabazushi, qui utilise le maquereau. Spécialité de Tohoku, le hokkaburi sushi est un nigiri sushi de sardine sur lequel on place une fine tranche de daikon. On voit aussi parfois des sushi ronds, gros comme des balles de golf, et appelés temari sushi. Plus exotique et spécialité de Kochi, le sugatazushi est un poisson - souvent le saba, le tai, le kamasu ou parfois le ayu - vidé et désossé, rempli de riz, coupé en tranches et servi dans sa forme naturelle. Il existe aussi un kenshin-zushi, végétarien, à l'usage des moines bouddhistes. Les oshi sushi décrits plus haut, une fois coupés, peuvent être emballés dans des feuilles et prennent alors les noms de kaki no ha sushi (feuille de kaki ou plaquemine, spécialité de Ishikawa) ou sasa sushi, le sasa étant une forme de bambou nain. À Wakayama on prépare quelque chose de très semblable appelé hayazushi. À Toyama on prépare le masu no sushi, une boîte ronde dans laquelle on a placé des feuilles de bambou en rayons, sur lesquelles on a mis du riz sushi, puis de la truite marinée, avant de replier les feuilles. Cependant, les chimaki-zushi ou kenuki-zushi, qui sont enveloppés dans une feuille de bambou, ne sont techniquement pas des sushi, utilisant le riz collant, avec du porc et des shitake, et étant cuits à la vapeur. Les gennari sushi sont un bloc de riz sur lequel on place une garniture (poisson, omelette ou shitake) et que l'on mange à Izu. Un peu semblable, le iwakuni-zushi, où l'on presse dans une boîte du riz et des légumes, que l'on couvre ensuite d'omelette émincée, est une spécialité de Iwakuni. À Oshima on fait mariner du poisson blanc, comme le meidai ou le isaki, dans un mélange de shoyu, de togarashi et de mirin, et on le mange sous le nom de bekko sushi. À Okayama on sert les tsunashi-zushi et mamakari-zushi qui utilisent ces poissons locaux. Le plus souvent ils sont marinés et prennent la forme de oshi sushi. Et puis si le poisson cru connote l'idée d'une fraîcheur absolue et essentielle, les gens de Shiga, près du lac Biwa, conservent leur poisson un an, parfois trois, dans un mélange de riz et de sel, sans réfrigération, et le mangent tout puant, sous le nom de funasushi. En fait, le mot sushi se réfère au riz, auquel une fois cuit on ajoute du vinaigre de riz et un peu de sucre et de sel. On le mélange ensuite doucement avec une spatule dans un grand bol en bois de cèdre, en le refroidissant avec un éventail. Cette procédure est importante pour obtenir l'apparence brillante et la parfaite texture qui fera que le riz se tient sans être trop collant. Et comme nous l'avons vu, le poisson n'est pas nécessaire. Il y a plusieurs sushi végétariens. Bien sûr, le poisson cru servi seul, sans riz, porte le nom de sashimi, et à peu près les mêmes poissons ou fruits de mer sont utilisés que pour le sushi. Le calmar, le thon, le tai, les crevettes sucrées et le saumon sont parmis les plus populaires. Comment ça se mange? On prend le morceau de sushi avec des baguettes ou avec les doigts, et on trempe le poisson dans la sauce soya. À mon goût ce n'est pas assez salé, et comme bien des gens, je trempe le riz, mais attention, si vous insistez le riz va se défaire et vous allez vous retrouver avec une soupe de sauce soya et de riz. C'est considéré comme très inélégant. Normalement, un nigiri sushi ou un morceau de rouleau est une bouchée. Cependant on voit parfois des sushi avec un neta, souvent de l'anago ou du thon pouvant atteindre une dizaine de centimètres. On doit alors le couper avec ses baguettes. Pour le sashimi, on utilise les baguettes et on mélange un peu de wasabi dans la sauce soya. On ne boit officiellement pas de sake avec le sushi (cependant les japonais ne se gênent pas), mais avec le sashimi volontier et même de préférence. Avec le sushi on boira du thé et on mangera le gari, le gingembre mariné qui sert à raviver le goût quand les papilles se fatiguent. Dans un kaiten sushi, ces restaurants où les sushi tournent sur un tapis roulant, il peut y avoir deux façons de faire. La plus traditionnelle est qu'il y a des assiettes de différentes couleurs et chacune correspond à un prix, de 100 à 800¥ en chiffres ronds. La seconde est un prix fixe, habituellement de 100 à 140¥, avant taxe. Assurez-vous que le prix est pour une assiette de deux morceaux (sauf les items plus chers, comme l'ikura ou le uni), et non pour un morceau seulement. Une assiette se dit hito sara : Cependant il y un menu et il est courant de commander directement au chef ce que vous voulez si ça ne se trouve pas déjà devant vous. Il y a aussi parfois d'autre produits offerts, comme des soupes, du chawan mushi, de la bière et du sake, des desserts... Dans un resto conventionnel, où on est assis à un comptoir ou une table, et où le chef prépare les sushi à la demande, il y a souvent une assiette du jour, surtout pour le repas du midi, qui est probablement l'alternative la moins chère. Parfois il y a trois sélections appelées sho-chiku-bai (pin, bambou et prunier). Sho est le plus cher; bai le moins cher. Sinon, on peut commander ce qu'on veut sur un menu. Dans un restaurant haut de gamme, là où il n'y a pas de menu et où on doit s'attendre à payer plus de 10,000¥, on peut acheter une assiette avec un nombre déterminé de morceaux (attendez-vous à une douzaine). Okonomi signifit que l'on choisit quels sushi on veut; omakase laisse le choix au chef (et est probablement un peu moins cher). Il est cependant peut-être préférable de donner au chef son budget et de le laisser vous faire une assiette en conséquence. Vous pouvez sans doute commencer à cinq ou six mille yen, mais dix-mille est sans doute mieux. D'accord, mais qu'est-ce que je mange? Les poissons utilisés dans les sushi viennent généralement de la mer. Ils sont plus sains que ceux d'eau douce. Voici une liste des plus courants. Si vous ne trouvez pas votre poisson, il y a une liste des poissons mangés le plus souvent cuits plus bas.
Et puis, certains commerces ont des sushi originaux. Parfois ils utilisent des poissons non-conventionnels, qu'on devrait trouver sur la liste plus bas, parfois on trouve des légumes et même de la viande de porc, de boeuf (crue ou cuite) et même de canard, de sanglier ou de chevreuil. Il y a parfois des sushi à la baleine (kujira). J'ai même mangé foie gras et caviar, mais ça ne vaut pas la dépense. Un classique que j'aime beaucoup est le negitoro, du thon haché avec des oignons verts. Mais mon préféré est sans doute le maguro yukke. Inspiré d'une recette coréenne, c'est du thon cru et un oeuf cuit semi-dur, servis dans un gunkan sushi. Enfin aux États-Unis, à la suite et à l'exemple du California roll, a été créée toute une panoplie de rouleaux originaux, comme le rainbow roll, le kamikaze, le spider roll, le Philadelphia roll, le Boston roll, le spicy tuna et le spicy salmon, le salmon skin, le dragon eye, le hana maki, le sunshine roll ou le rising sun. Il utilisent des ingrédients originaux, comme de l'avocat, du crabe, du saumon fumé, des crevettes tempura ou des sauces épicées. Cependant ces américanisations, qui sont souvent bonnes, se trouvent difficilement au Japon, même à Tokyo. Pas encore des sushi! Il n'y a pas que les sushi au Japon. On mange aussi le poisson grillé, mijoté, frit... Certains des poissons, crustacés et mollusques qui suivent sont parfois mangés crus, mais habituellement ils sont cuits.
Pains de poisson et poissons marinés Il existe toute une famille de produits qui sont du poisson pilé, souvent teint, puis moulé. Ce sont les nerimono. Le plus commun est le kamaboko. Dans les ramen, on voit parfois le naruto, qui est rose et blanc, en spirale, avec des pointes tout autour. Dans le oden, on trouve le satsumaage (ils sont à peu près ronds et sont frits), le sumire (des boules de sardines), le chikuwa, qui a la forme d'un tube, le hanpen (un mélange de poisson et d'igname). L'imitation de crabe porte le nom de tsurimi. Finalement, on trouve aussi les tsukudani. Ce sont des petits poissons ou des mollusques que l'on cuit dans une sauce salée et sucrée, et que l'on mange habituellement sur le riz. Il y a le calmar ou la pieuvre que l'on conserve par salage, marinage, fermentation... comme par exemple, le shiokara, des morceaux de calmar dans une sauce rose et salée. Sans oublier le kanimiso (de la cervelle de crabe), le calmar séché, les arêtes de poisson frites et les intestins de poisson, que l'on mange en buvant le sake... des heures de plaisir.
La polémique Il y a des mammifères qui vivent dans l'océan. La baleine, appelée kujira, est consommée assez couramment au Japon. Les poissonneries en vendent. Les écoles en servent aux élèves. Il y a des restaurants spécialisés. J'ai encore vu récemment un cari et un onigiri à la baleine. Tout cela est due à une tradition, la baleine ayant été une source de viande quand les temps étaient difficiles, et est rendu possible grâce à la richesse du Japon, qui soudoit à la Commission Baleinière Internationale des pays n'ayant aucun intérêt à y être autre que celui d'empocher la manne nippone en votant en accord avec les japonais. C'est aussi couvert par une hypocrisie toute nippone, les japonais ayant mis sur pied un programme de recherche sur les baleines, dont le travail ne consiste pas en grand chose de plus que de mesurer l'animal et de lui ouvrir le ventre pour voir ce qu'il mange. Une fois ouvert, pourquoi le jeter? Les japonais argumentent que les races de baleines qu'ils chassent ne sont pas en danger. C'est peut-être vrai, mais le Japon devrait se résoudre à décemment observer la réglementation internationale au lieu de la contourner, et bien des japonais sont en fait de cet avis. |