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Dame...

ou pourquoi y penser à deux fois avant d'aller au Japon


On vous dit toujours comme le Japon est beau, combien c'est intéressant. On vous vante sa culture, ses paysages, peut-être même son hospitalité. Tout cela est vrai. Cependant ce n'est pas le paradis et avant d'y aller, surtout pour y demeurer, on doit réaliser quelques petites choses que je présente ici rapidement.

En fait, il s'agit de voir si ce genre de problèmes, auquel vous allez probablement faire face, est acceptable pour vous ou non.

Dame signifit "c'est mal" ou "c'est mauvais". On l'utilisera pour exprimer que quelque chose ne va pas, mais aussi pour interdire quelque chose à un petit enfant.




Le Japon est cher.

À moins que vous ne viviez en Scandinavie, à Londres ou peut-être en Suisse, les prix au Japon peuvent surprendre, comme les melons à 10,000¥, mais en général ils vont du simple au double de ce que j'ai vu ailleurs.

Si les appartements sont dispendieux - et généralement pas spacieux - les hôtels sont relativement économiques. Il est possible de trouver quelque chose de très bien pour environ 5000¥.

La nourriture achetée à l'épicerie est chère si on mange de la viande ou des produits importés. Le reste est plutôt abordable, surtout les produits frais en saison. Au restaurant, l'échelle est vaste et va du très économique, mais pas nécessairement très copieux, au très cher.

Les transports sont particulièrement dispendieux, les cinémas ne sont pas donnés, mais les prix ayant beaucoup baissés ces dernières années - suite à l'éclatement de la bulle économique - certaines choses, habituellement de première nécessité, sont maintenant abordables.

Le Japon est dangereux.

Le taux de criminalité est en hausse, mais il est encore bas comparé à ceux des pays occidentaux en général. Comme partout ailleurs, il y a des comportements impolis ou asociaux, une certaine délinquence. La pression sociale pour se conformer est grande, mais les japonais étant pour la plupart non-conflictuels, elle est aussi muette et collective. En conséquence, si quelqu'un décide de résister à la pression, il le fait à peu près en toute impunité. Mais le danger le plus important pour l'étranger est automobile.

D'abord les japonais conduisent à gauche, comme en Angleterre, et la plupart d'entre nous avons l'habitude de regarder d'abord à gauche en traversant la rue... Attention! Ils viennent de la droite!

Ensuite, comme partout ailleurs, le Japon a sa part de conducteurs psychotiques qui vont vous écraser plutôt que de s'arrêter si vous avez le malheur d'être devant eux... Les deux problèmes ensembles? Ayez de bonnes assurances.

Les japonais sont racistes.

En fait, ils sont souvent très intéressés par les étrangers, du moins les occidentaux, et ont un sens de l'hospitalité très développé. Par exemple il arrive qu'un japonais fasse un détour pour vous guider là où vous voulez aller.

Cependant, il y a un racisme de fond. Les policiers sont parfois intolérants et beaucoup de japonais, surtout les plus vieux, semblent penser qu'aussi intéressant qu'on puisse être, on est différent et donc dangereux, sinon inférieur. Mais vous ne pouvez pas comprendre parce que vous n'êtes pas japonais...

Au Japon on parle japonais.

Dans les grandes villes on parle parfois anglais. Les transports, comme le métro et le train, sont à peu près bilingues et à Tokyo, les quelques rues ayant le rare privilège d'avoir un nom sont souvent identifiées en caractères latins.

Il peut être difficile de fonctionner si on n'a pas au moins un japonais "de survie", quelques phrases utiles et un minimum de vocabulaire. Il est aussi étrange de soudainement se retrouver illétré, incapable de lire.

Mais le problème est peut-être surtout dans les services officiels, comme l'immigration ou la mairie où vous devez vous enregistrer si vous êtes un résident. Il semble que les japonais craignent de faire une erreur en travaillant dans une langue étrangère et préfèrent la leur. Je pense que c'est assez compréhensible. Personnellement si je suis en Italie, je m'attend à ce qu'on me parle en italien, mais ça ne résout pas mon problème : je ne parle pas italien...

Le Japon est loin.

Évidemment ça dépend d'où vous partez, mais règle générale, le voyage est long et le décalage horaire difficile.

Avec l'Internet, les communications sont grandement simplifiées, mais il faut avoir un accès. Ils sont plutôt chers et utiliser les services d'un café Internet le devient aussi, à la longue. Le téléphone aussi est cher. Les lignes régulières coûtent une fortune à l'installation, mais moins à l'usage qu'un téléphone cellulaire (parfois dit portable). Les étrangers optent le plus souvent pour ce dernier, mais les frais peuvent être surprenants, les tarifications économiques étant généralement conçues pour que tout ce qui excède le plan de base sont payé à gros prix. Si vous faites des interurbains, essayez de trouver une carte prépayée fiable. Enfin les tarifs de la poste, comme partout, montent rapidement : une lettre ça va, mais un colis...

Finalement, il peut être assez difficile de se créer un cercle d'amis, surtout japonais, et la distance peut devenir psychologique. Là plus qu'ailleurs, c'est votre personnalité qui fait la différence.

Le Japon est populeux.

Le pire au Japon ce sont les trains bondés! L'Enfer bouddhiste doit ressembler à ça. Vous l'avez vu à la télé : on pousse les gens pour fermer les portes. Quand on essaie une fois en vacances ça peut être amusant, mais tous les matins, tous les soirs, cinq jours par semaine... Laissez-moi sortir! Et quand il est tard et qu'il y en a un en train de vomir au milieu de la porte du wagon, on est loin du charme exotique d'un thé bu dans un jardin zen.

Parce que c'est comme ça

Les japonais aiment les règles. Si elles sont logiques ou utiles n'est pas important. Elles sont réconfortantes et on en fait pour le plaisir d'en faire. Ensuite on les applique, sans poser de question, parce que c'est la règle. Ça va des guichets automatiques qui ferment en même temps que leur succursale, jusqu'aux bibliothèques où on ne peut utiliser l'Internet que pour chercher des livres, en passant par la raison qu'il faut donner au bureau de poste pour transférer de l'argent à l'étranger, qui est obligatoire, mais que l'on ne vérifiera évidemment pas.

Quand on se bute de temps en temps à la rigidité ridicule des japonais, à leur conception infantilisante du monde, on se dit "c'est comme ça", mais après un certain temps, il peut devenir difficile de vivre dans une société aussi contrôlante et inefficace.

La culture japonaise est inaccessible

Quand les gens voyagent au Japon, ils passent souvent d'une carte postale à l'autre, cherchant un Japon touristique même pour les japonais. C'est intéressant, mais ils manquent le Japon moderne, qui est aussi riche culturellement que celui de jadis, mais plus difficile d'accès.

Même les étrangers qui vivent au Japon, y venant généralement pour travailler, manquent de temps libre, et peuvent avoir de la difficulté - en supposant qu'ils ont l'intérêt - à apprendre la langue, à visiter le pays, à découvrir sa culture au-delà des choses superficielles.

Il y a cependant des gens qui viennent au Japon pour étudier. Il y a des écoles de langue ou d'arts martiaux. Les universités ont parfois des programmes pour les étrangers. C'est habituellement très cher, mais ça laisse le temps d'apprécier le pays plus en profondeur.

Dans tous les cas, les choses ne viennent pas facilement. Il faut faire des choix, des efforts et des sacrifices, qui sont souvent récompensés par de belles découvertes, des expériences enrichissantes.

Le Japon c'est comme la Suisse.

D'abord il y a les montagnes, les "alpes japonaises" dit-on, mais à moins de souffrir de vertige, ce n'est pas là le problème.

Au Japon on fume à peu près partout. Par exemple, pas dans les trains, mais sur les quais oui, souvent même en dehors des zones désignées à cet effet, ou dans les corridors, où c'est interdit. Certains restaurants ne permettent pas de fumer, mais ils sont rares. Le concept d'une zone non-fumeur est à peu près inconnu. Attendez-vous à ce que vos voisins partagent généreusement leur fumée avec vous.

Le Japon c'est l'Amérique.

La rumeur qui court au sujet de l'américanisation du Japon est exagérée. Il y a occidentalisation, mais il me semble que l'Europe a aussi une forte influence. Ou alors l'Europe est américanisée elle aussi? Et puis il reste que le Japon a sa culture originale, qui survit quand même assez bien.

De plus, il y a toute sorte de gens au Japon. Les américains, nombreux, ne constituent pas la majorité des étrangers. Il me semble que les canadiens et les australiens sont aussi nombreux, et les français, pour ne pas parler des indiens, des philippins et des chinois, sont là aussi.

Mais comment l'éviter? Entre les films américains, les chaînes de restaurants américains, la musique américaine et l'armée américaine, le Japon finit par avoir l'air de n'importe où ailleurs sur la planète. C'est un peu comme une verrue sur un beau visage.

S'il y a problème ici, c'est au sujet des attentes irréalistes que l'on peut avoir. Il y a des femmes en kimono, mais une pour mille habillées à l'occidentale. Il y a des pousse-pousse, mais comme pour les calèches ailleurs, c'est pour les touristes. Il y a une architecture traditionnelle : elle est perdue dans une mer de béton et d'acier. Quand on visite un beau jardin, on entend trop souvent la dense circulation de l'autre côté du mur... Pensez-y! Votre pays aussi a changé dans les cent-cinquante dernières années.



J'estime que les deux tiers des gens venant vivre au Japon le quittent dans la première année. Ils n'arrivent pas à s'adapter. Les appartements minuscules et chers, les tracasseries administratives, la langue, l'isolement, le mal du pays, la nourriture, les trains bondés... Les autres s'adaptent, mais jusqu'à quel point, et pour combien de temps?

J'ai connu quelqu'un que la lenteur que mettent les portes automatiques à s'ouvrir enrageait, quelqu'un d'autre qui a quitté le pays à cause de la difficulté qu'elle avait à rencontrer des japonais, et même un qui dans sa frustration décrivait le Japon comme un état policier et raciste. Ce qui n'est pas tout à fait faux.

De l'autre côté, les gens ayant vécu dix ans et plus au Japon sont fréquents. Ils donnent souvent l'impression d'avoir une vision très pragmatique du pays, qui laisse peu de place aux attentes et aux passions, mais qui ne les empêche pas d'apprécier la vie japonaise.

Si vous pensez que ces problèmes sont secondaires au plaisir que vous aurez à vivre votre aventure au Japon, allez-y. C'est un merveilleux pays, mais ce n'est pas pour tout le monde.



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