Si comme moi vous aimez le sake et que vous avez eu la chance d'en boire au Japon, vous savez combien l'expérience est plus vaste et enrichissante que de boire ce qu'on trouve habituellement en Occident. Il y a plus de variété. Les goûts sont plus fins. Les bouteilles sont souvent plus grosses. |
Cependant, pour savoir ce que l'on achète, il faut connaître quelques concepts et les kanji qui leurs sont associés. Je vais décrire ici la base que tout sakephile débutant devrait trouver utile. |
Kampai est en japonais l'équivalent de notre "à votre santé!" |
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Clarifions tout de suite quelque chose. Ce que nous appelons sake est appelé nihonshu au Japon, ce qui signifit "alcool japonais". Le caractère Le nihonshu est un alcool fermenté à base de riz. Étant un alcool de grain, sa production est similaire à celle de la bière. Elle utilise des levures appelées koji. Les sake ont habituellement un taux d'alcool tournant autour de 16%. Au détail, le sake est vendu dans une mesure appelée go (180 ml), habituellement un ou deux go sont servis dans une petite bouteille en céramique ou en verre, mais parfois on le sert au verre. Les deux principales bouteilles qui sont utilisées pour la vente en magasin ont 4 ou 10 go, c'est-à-dire 720 ml et 1.8 litre respectivement. Cette dernière bouteille, comparable à un magnum, est appelée issho. Le nom vient de sa contenance (1 sho = 10 go). La production du nihonshu est naturellement reliée aux régions productrices de riz. Autrefois les préfectures du Kansai, notamment Kyoto et Hyogo, étaient particulièrement fameuses. Elles produisent encore de nombreuses marques, ayant souvent un goût plus corsé que la moyenne. Aujourd'hui, avec un développement d'intérêt pour des sake plus secs et au goût plus fin, les régions de Niigata, Yamagata et Miyagi, plus au nord du pays, ont la vedette. Il y a plusieurs variétés de nihonshu. Elles diffèrent principalement par la proportion de riz qui est enlevée par polissage, ce qui élimine une grande partie des graisses et des protéines qui peuvent nuire à une fermentation optimale, et le fait qu'on ajoute ou non un alcool lors de celle-ci. Les cinq principales sont :
Il existe également un junmai-ginjôzô (ou plus couramment junmai-ginjo) auquel aucun alcool n'a été ajouté.
Un sake qui n'est dans aucune de ces catégories est un futsuu-shu, ce qui signifit plus ou moins "alcool ordinaire". Les Hakutsuru, Geikkeikan et Oseki, que l'on trouve couramment au Japon et un peu partout en dehors, tombent le plus souvent dans cette catégorie générique. Mais le critère le plus important pour choisir un sake à son goût est le nihonshudo. C'est une cote décrivant combien sec ou sucré est le produit que l'on va déguster. Do signifit dégré. Recherchez sur l'étiquette les kanji De plus, l'acidité joue un grand rôle dans notre perception du sucre. Comme pour les vins, une forte acidité fera passer le sake pour moins sucré qu'il n'est en réalité. Une cote allant habituellement de 0.7 à 2.0 et ayant une moyenne de 1.1 peut souvent être trouvée sur la bouteille. Il y a bien sûr d'autres facteurs pouvant influencer le goût d'un sake, mais ces chiffres constituent une indication de base bien utile. Il y a quelques autres critères pour catégoriser les sake, les principaux étant :
Jizake Ki-ippon Le nihonshu se boit généralement quelques mois après son brassage, comme la bière, mais le koshu est un sake vieilli en fût, parfois pendant plusieurs années, et qui développe un goût plus corsé et une couleur un peu dorée. Nihonshu et température On pense généralement que le sake se boit chaud. Ce n'est pas toujours vrai. On peut le boire chaud (kan) ou froid (hiya). Le sake froid se dit reishu. C'est la meilleure façon de boire un nihonshu de qualité, tout l'arôme et le goût se développant. Les meilleurs sake se boivent entre 12 et 16 degrés Celsius, à peu près comme un vin blanc. On dit alors suzu-hi. Il y a aussi hana-hi (8-10 C) et yuki-hi (moins de 6 C). On boira chaud un sake plus ordinaire, peut-être quand la température est fraîche. La température la plus intéressante est hito-hada-kan, la "température de la peau humaine", soit autour de 37 degrés Celsius. Il y a aussi, plus chaud, atsu-kan, avec une température entre 50 et 55 degrés, mais certains considèrent cette température excessive, et recommandent jyô-kan, c'est-à-dire entre 45 et 50 degrés. On réchauffe lentement le breuvage dans sa petite bouteille de service, le tokkuri, dans une casserole pleine d'eau que l'on chauffe doucement sur la cuisinière, ou on le refroidit au réfrigérateur dans sa bouteille d'origine. On le sert dans les petits verres appelés choko. John Gauntner, le grand nom du sake en anglais, dans son premier article pour Metropolis, donne trois conseils pour apprécier la chose :
Quelques recommandations D'abord de très bons nihonshu, généralement plutôt secs, la plupart relativement faciles à trouver, même si parfois un peu chers. Notez que certaines de ces marques sont disponibles en plusieurs variétés, avec des goûts et des prix différents.
Puis quelques bouteilles que j'ai peut-être aimées, mais plus ordinaires.
Enfin quelques recommandations qui m'ont été faites.
Dans la famille des shu, outre le nihonshu, il y a le umeshu, un vin de prune très populaire, et le anzushu, à l'abricot qui est plus rare. Le lichishu (prononcez laichi, à l'anglaise) est souvent importé de France... Très populaire au Japon, le shochu est un alcool distillé à base de pommes de terre (imo shochu), d'orge (mugi shochu), de riz (kome shochu) ou de sucre de canne (hakuto shochu) titrant autour de 25 degrés et spécialité de Kyushu. Les marques plus courantes se boivent souvent allongées de jus ou de thé dans ce qu'on appelle le chuhai (de "highball") ou le sawa (pour "sour") lorsqu'un jus d'agrume est présent. Les meilleures marques se boivent plutôt mizuwari, c'est-à-dire avec de l'eau froide, oyuwari, avec de l'eau chaude, ou sur glace (rokku, de "on the rocks"), comme je le préfère. Les kanji à chercher sont: The Zen dans le complexe Atré de Shinagawa en offre plus de quatre cent variétés, Umakabo à Higashi Shinjuku en a au moins trois cent et Kuromaru, à Tamachi, est aussi un bar à shochu. Un peu semblable, mais plus fort, titrant dans les 40 degrés, et originaire de Okinawa, le awamori. Mais les japonais aiment surtout la bière. Il y a plusieurs grandes brasseries, comme Asahi, Kirin, Ebisu ou Sapporo, vendant chacunes plusieurs variétés, mais elles ont toutes tendance à goûter la même chose : elles ont un goût sec, qui n'est pas désagréable. En fait, pour des questions de taxes, il y a deux grandes catégories, la bière elle-même et le happoshu, fait avec d'autres grains que l'orge, et qui est un peu moins cher. Les kanji a rechercher sont Il y a deux marques fameuses de whisky japonais : Suntory et Nikka. Ils ont des "blend", des "single malt" et des "single cask" qui, pour le peu que j'ai gouté, sont biens. Enfin il y a des vins japonais. Les meilleurs viennent de Yamanashi, dans les environs du Mont Fuji, mais je n'ai encore rien goûté qui vaille la mention. En fait, la législation japonaise en matière de vin est ridicule, l'appellation "vin japonais" se référant au lieu d'embouteillage, et on vend sous cette appellation des vins d'Algérie, de Roumanie ou de n'importe où. Généralement les vins sont plutôt sucrés, chers et la qualité est au mieux moyenne. |